Jean-Paul Sartre en Classe

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JEAN-PAUL SARTRE EN CLASSE  

Jean-François Louette  P.U.F. | Revue d'histoire littéraire de la France 2002/3 - Vol. 102 pages 417 à 441   ISSN 0035-2411

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http://www.cairn.info/revue-d-histoire-litteraire-de-la-fr http://www.cairn.info/revue-d-h istoire-litteraire-de-la-france-2002-3-page-417.htm ance-2002-3-page-417.htm --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Pour citer cet article : D

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Louette Jean-François, « Jean-Paul Sartre en classe »,

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Revue d'histoire littéraire de la France ,

2002/3 Vol. 102, p. 417-441. DOI : 10.3917/rhlf.023.0417

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Distribution électronique Cairn.info pour P.U.F..

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© P.U.F.. Tous droits réservés pour tous pays.

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JEA N-P N-PA UL SARTRE SARTRE EN CLAS SE J E A N -F R A N Ç O I S   L O U ETTE *

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 Dictionnaire e des idées reçues unclasse : « Je Jean aull -il Sart Sartre — Toujou TAjoutons oujours rs en clpeu asseau». Dictionnair De fait, fait, a-t-il a-t-i l jam jamais ais quitté qu itté l’école l’éco lean-P ? -Pau N’est-il N’est pas pares le parangon d’un type de littérateur littérateur volontiers volontiers déprécié, l’écrivain l’écrivain scolaire ? Ni maudit maudit (Baude (Baudelaire laire), ), ni dandy (encore (encore Baudela Baudelaire), ire), ni mondain mondain (Proust), (Prous t), ni ultra ultramonta montain in (le cardinal cardinal Paulhan), Paulhan), ni médec médecin in (Céli (Céline) ne) ni demi-saint demi -saint (Bernano (Bernanos), s), ni voleur voleur (Genet), (Genet), ni travaill travailleur eur (Georges (Georges Michel, Michel, horloger horlo ger dont Sartre Sartre fit publier publier le théâtre théâtre). ). Non, rien de tout tout cela, mais les doigts inéluctablement tachés d’encre du bon élève devenu professeur. De l’ l’in infl flue uenc ncee de l’éc l’écol ole, e, néan néanmo moin ins, s, Sart Sartre re s’es s’estt défen défendu du : par par la rail raille leri riee satirique, satir ique, par la la parodie, parodie, enfin enfin par une analys analysee critique critique de l’inst l’institut itution ion pédagogique — allant jusqu’à favoriser favoriser,, dans  Les Temps Temps modernes, après

mai 19 1968, 68, quelques quelq ues «explosi exdé-classici plosions ons dirigées dir contre coérature, ntre l’Uni l’Universi versité. té. Surtout Su rtout,souf, il a constammen const amment t voulu voulu dé-cl assiciser serigées » la litt littératur e, cherchant cherch ant à faire fler dans les classes et les livres le vent violent du présent.

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U N É C RI V A I N S C O L A IR E   ?

C’est dès le premier succès de Sartre,  La Nausée, que se met met en en place place un schèm schèmee de récept réception ion de de l’œuvre l’œuvre : Sartre Sartre a du du talent, talent, voire voire du ggénie énie,, mais mais pour autant qu’il réussit réussit à effacer effacer le professeur en lui. Ainsi, dans Vendredi, le 6 mai mai 1938, 1938, Armand Armand Petitje Petitjean, an, tou toutt en en saluan saluantt « un tale talent nt énor énorme me », note Nausée que les plus plul’impression, s mauvais mauvais passages passa gespoint de La sont, son t,qui dem loin loédite in,, ceux ceu Sa rtre re nous«donne l’impression , non d’un homme médite surx où sonSart exisexistence,, mais d’un professeur tence professeur qui espère, espère, par la méthod méthodee du roman, roman, se délidéli* Université Université de L Lyon yon II.

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RHLF RH LF,, 20 2002 02,, n 3, p. 4417 17 441

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vrer de ses leçons leçons de philosophi philosophiee ». Et voici voici André Rousseaux, Rousseaux, dans  Le Figaro du 28 mai mai : M. Sartr Sartree eest st un écri écriva vain, in, la chose chose est rare, rare, et il a « le sentime sent iment nt de l’huma l’humanité nité », mais mais « cela dev devient ient sous sous sa plume plume une une disserta disserta-1

ti tion onine su surpronon r ononcera la la per perso sonn nnal itéé », sente etentence, c. .nce, Inutile Inuti le ans d’in d’sinsis sister ter,tard, l’af l’affa fair ire e est jugé jugée, Céline Cél pr cera la laalit même setc. dix an plus ta, rd, en 1948, 194 8, sur une,ton toetn bi bien en fâch fâché, é, dans dans son son pamp pamphl hlet et « A l’agi l’agité té du du bocal bocal », puisqu puisquee le « Portr Portrait ait de l’antisémi l’antisémite te » écrit par Sartre, Sartre, et où il était était mis mis en cause, ne recueille recueille pas pas ses ses suff suffra rage gess : « Je par parco cour urss ce lon longg devo devoir ir,, je jett ttee un œil œil,, ce n’e n’est st ni ni bon bon ni mauv mauvais ais,, ce n’est n’est rien rien du du tout, tout, pastic pastiche… he… […] Toujour oujourss au lycée lycée,, ce J.-B.S. ! »2. Et d’attribuer à Sartre la note de… 7/20. (Bien loin de celles que Céline revendiquait revendiquait pour son antisémitisme antisémitisme — notes d’infamie, hélas). Sous la plume plume de Georges Georges Bataille, lors de la polémique qui l’opposa à Sartre après la parution de  L’Expérience intérieure (19 (1943) 43),, on pourra pourrait it trouver des condamnations analogues — d’une philosophie de professeur.

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du de A la lycéen, différence du ne héros roman Bataille, ros qui, lycée n, se donne don desd’un coups de porte-pl poderte-plume ume dans d Le ansBleu le dos dciel e la, hmain méain gauche, gauch e, faisant faisant ainsi ainsi couler couler,, dès ses ses jeunes jeunes années, années, un sang sang de gauche forcémentt révolution cémen révolutionnaire naire,, Sartre Sartre n’aurait jamais jamais fait de son porteporte-plume plume qu’un usage conforme aux usages scolaires les plus attendus. Mais comment ent, au jus juste te ? La d ii  s  s tt  r  r ii  b u ti  ti on des v i  i e s 

D’une certaine façon le destin de Jean-Paul Sartre s’est joué vingt ans avant av ant sa naissan naissance, ce, en 1885. 1885. Cette année-là, année-là, celui qui sera son oncle, oncle, Georg Geo rges es Schweitz Schweitzer er,, reçoit, reçoit, nous nous raconte racontent nt  Les Mots, « à ttit itre re de se seco cond nd 3

 L’Enfance dest prixx d’ari pri d’arithm thméti étique que (p. (p. lui 1i64 ), ita-tun-t-il ppeti etit lchacu ivre re inti inntitul tuléé juger hommes illustres . Le »livre livre lu164 profita prof il ? tA liv ch acun d’en juger : il devin devint Polytechni Polyt echnicien. cien. L’ouvra L’ouvrage, ge, ou le conte conte4, éta étant nt demeu demeuré ré dans dans la fami famille lle Schwei Sch weitze tzerr, Poulou Poulou,, l’enfa l’enfant nt prodig prodige, e, y trouv trouvaa un modèle modèle d’exis d’existen tence ce : la distribution d’un prix à son oncle tourna pour lui à la distribution de vie. Devenantt un grand homme à venir, Devenan venir, renversant renversant l’ordre du temps et plaçant dès son commencem commencement ent les signes signes de sa gloire future, future, le jeune Poulou Poulou s’affecte ou s’infecte de ce qu’il nommera l’illusion biographique.

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1. Sartre, Œuvres romanesques, Pari Paris, s, Ga Gall llim imar ard, d, « Bi Bibl bl.. de la Plé Pléia iade de », 1981 1981,, p. 17 1701 01-1 -170 702. 2. 2. Céline,  Le Style contr contree les idées, Édit Éditions ions Comp Complex lexe, e, 1987 1987,, p. 13 136. 6. Cé Céline line donn donnee à Sa Sartre, rtre, par erreur, les initiales… du pré prénom nom de son père (Jean-Baptist (Jean-Baptistee Sartre). 3. Les références entre parenthèses dans le corps du texte de cet article renverront aux  Mots,

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Gallimard,, coll Gallimard coll.. Fol Folio, io, 1991 1991.. 4. Genevièv Genevièvee Idt a montré que L’Enf  L’Enfance ance des hommes illustre illustress figure « dans une longue ssérie érie de “contes historiques historiques pou pourr la jeunesse” publiés de 11858 858 à 1903 par E Eugénie ugénie Foa » (« Préhistoi Préhistoire re guerree »,  Literaris  Literarische che Diskurse des de Sartre biographe d’après  Les Carnets de la drôle de guerr  Existentialismus  Existentia lismus, Hele Helene ne Har Harth th et Volk olker er Rol Roloff off ééd., d., Tübi Tübingen ngen,, Stauf Stauffenb fenburg urgverl verlag, ag, 1986 1986,, p. 60 60). ).

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Or cette cette illu illusio sionn biogra biographi phique que est est aussi aussi républ républica icaine ine.. 1885 1885 : nous nous sommes dans l’orbe temporel des lois scolaires de la IIIe République. Sartrelafut l’un des produits produitsidéologiques de la la méritocratie méritocrati e républicaine, mais aussi victime desparfaits préoccupations propres à la République. Trois facteurs facteurs se mêlent ici. Tout Tout d’abord la défaite de 1870, qui engendre en France, France, par compensat compensation ion ou esprit de revan revanche, che, un besoin besoin de grands grands homm ho mmes es : Sart Sartre re le le note note dan danss  Les Mots, « batt battue ue,, la Fran France ce fo four urmi mill llai aitt de de héros imaginaires dont les exploits pansaient pansaient son amour-propre amour-propre » (p. 97). Il y a, d’autre d’autre part, le dessein dessein de forger forger des pendant pendantss laïques laïques aux vies vies de saints. Ce n’est point par hasard qu’un Péguy Péguy,, chantre de Jeanne d’Arc, mais mélangea mélangeant nt contre contre toute attente, attente, selon le mot mot cruel de Lavisse Lavisse,, l’eau bénitee et le pétrole bénit pétrole (laïque) (laïque) de la Commun Commune, e, ouvrit ses ses républicai républicains ns Cahiers de la quinzaine à des « Vies des des ho homme mmess illust illustres res » signée signéess de

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Romai Romain n Rolland Roll dans la quatriè qu me oven séri série 19 03) le numéro numéro 10and est est :consacré con sacré à atrième « Beethov Beeth ene (année », dans 1902-19 la02-1903) septiè septième me des série sérieCahiers (1905-, 1906 19 06), ), le numé numéro ro 18 abor aborde de la « vi viee de de Mic Miche hell-An Ange ge » : « I. La lutt luttee ». La fin (« II. L’abdicatio ’abdicationn ») paraîtr paraîtraa dan danss la huitième huitième série, année 190619075. Enfin, comme l’a montré Antoine Compagnon en citant citant un texte de Gustave Gusta ve Lanson, Lanson, la Troisi Troisième ème Répub République lique assigne assigne à la littérature, littérature, entre la religion qui s’exténue et la science qui ne peut (encore) tout résoudre, la fonction fonct ion de proposer proposer une éthique éthique par provision provision,, une directi direction on des consciences appuyée sur l’idée de l’immortalité par la gloire6. N’était-ce pas (ajouterais-je) déjà l’analyse d’Ernest Renan dans  L’A  L’Avenir venir de la science, ces ces « Pens Pensée éess de 184 18488 » publ publié iées es en en 1890 1890,, et où où la cat catég égor orie ie du du religi rel igieux eux lectuelle est uelle red redéf éfini inie co mme l’aspi l’aspirat ration ion à l’idé l’idéal », et donc doncme« culti culculture intellect intel et emorale mcomm orale »e ?« Le saint moderne, modern e, al c’est l’homme l’hom claultivé vé — comment comment oublier oublier l’exclama l’exclamation tion (trop) (trop) confi confiante ante de Renan : « Moi qui suiss culti sui cultivé, vé, je ne ne trouv trouvee pas pas de mal en moi moi », etc. etc.7 Ainsi l’enseignement laïque de la Troisième République fournit à Sartre le moule moule où couler sa vie. Tout petit, note-t-il dans  Les Mots, il savait déjà que la fin de son existence se comparerait à celle de Beethov Beeth oven en : « plus plus aveugle aveugle encore que Beetho Beethoven ven ne ne fut sourd, sourd, je confecconfectionnerais à tâtons tâtons mon dernier ouvrage » (p. 167) — ce qui se produisit

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5. Notons qu’il y aura en 1907-1 1907-1908 908 un cahier de Robert Dreyfus, Vies des hommes obscurs.  Alexandree W  Alexandr Weill, eill, ou le prophète du faubour faubourgg Saint Honoré, 1811-1899 1811-1899.. Et Notre jeunesse jeunesse, publ publié ié dans lesd’humbles Cahiersesenrépublicains 1910, se veut 1910, une sorte les de brod broderie erie Sartre (ou dereprendra tapisserie)ouauto autour ur de la cette vie d’une famille d’humbl fouri fouriéristes, éristes, Milliet. retrou retrouvera vera idée de biographie biographie commun communee av avec ec la rub rubrique rique « Vies » des Temps modernes (« Vie Vie d’une pro prostituée stituée », « Vie d’ d’un un Juif Juif », etc. etc.). ). 6. Le tex texte te de L Lans anson, on, « La li litt ttéra ératur turee et la sscie cience nce », par paraît aît ddans ans  La Revue bleue, 24 se sepptembre et 1er octob octobre re 1892. Antoine C Compagnon ompagnon le résume ainsi : « L’immortalité littéraire ttient ient au retard retard de la sci science ence su surr la relig religion ion : du moi moins ns estest-ce ce ains ainsii que le pos positi itivism vismee l’ent l’entend end » (La Troisième République des lettres. De Flaubert à Proust , Le Seui Seuil, l, 1983 1983,, p. 112) 112).. 7.  L’A  L’Avenir venir de la science, Ga Garn rnie ierr-Fl Flam amma mari rion on,, 1995 1995,, p. 247 247,, 358, 358, 374. 374.

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pour  L’Idiot de la famille, inache inachevé vé pour cause cause de cécité. cécité. Mais Mais ce sont, sont, plutôt que Beethov en,dira, Va, ictor et lÉmile quie formaient formai les :saints du jeun jeune e Sartr SaBeethoven, rtre. e. Il Il le dir surHugo son son viei vieil âge, âge, àZola Simon Simone de Beauv Beaent uvoir oir « Ça comptait compt ait beaucou beaucoupp les vies vies de Victor Hugo, de Zola Zola »8. Deux héros de la Troisièmee république, deux hommes qui avaient Troisièm avaient su faire succéder à leurs succès de de plume plume un engagement engagement éclata éclatant nt dans le le champ polit politique ique : Hugo contree Badinguet, contr Badinguet, Zola pour pour Dreyfus. Dreyfus. Sartre, Sartre, les imitant imitant en quelque quelque sorte, sorte, s’en prendra à Hitler et Pétain (le couple Jupiter/Egisthe des  Mouches), à de Gaulle Gaulle et à Franco, Franco, et ilil voudra voudra faire faire du matelot matelot Henri Henri Martin Martin,, qui dénonçait dénon çait la guerre guerre d’Indoc d’Indochine, hine, son capita capitaine ine Dreyfu Dreyfuss9. Avantage à Hugo, Hug o, cepend cependant ant,, plu plutôt tôt qu’ qu’àà Zola Zola : génie génie polygr polygraph aphee et abo abonda ndant, nt, déf défenenseur des laiderons laiderons (Gwynpla (Gwynplaine, ine, Quasimodo) Quasimodo) et théorici théoricien en du grotesque, grotesque, il Mots avait av ait tout dans pour leséduire séduir e Sartre, Sartre, qui dans réincarne Hugo lepatriarche grand-père Schweitzer, Schweitzer , et Les Hugo l’homme-siècle l’hom me-siècle en lui luimême,, né alors même alors que ce ce siècle siècle avai avaitt peu d’ans, d’ans, et désireux désireux de se faire, faire, selon le célèbre explicit du lilivre, vre, « to tout ut un hom homme me,, fa fait it de tou touss les les hom homme mes, s, et qui les les vaut vaut tous, tous, et que que vaut vaut n’impo n’importe rte qui qui ». Un su cc  cc ès de professeur   ?  D m e é é g d s w

Genevièvee Idt, à qui j’emprunte Genevièv j’emprunte ce parallèl parallèlee entre Sartre Sartre et Hugo10, ajoutait ajout ait que Sartre Sartre fut, fut, après la deuxième deuxième guerre mondiale, mondiale, comme un Hugo de l’ensei l’enseigneme gnement nt seconda secondaire ire : de même même que que Hugo Hugo aurait aurait trouvé trouvé son public public grâce à l’alphabétis l’alphabétisation ation conduit conduite, e, dans les écoles écoles communales,grâce nales , par àlal’accès Troisiè Troisième Républi République, que,d’un de même mê me Sartre Sar aurait auraitetrencon rencontré tré le sien àme la philosophie public de tre lycéens d’étudiants plus large. large. Hugo, Hugo, poète pour classes classes communa communales, les, et Sartre/ Sartre/Camus Camus,, philophilosophes pour classes terminales11 ? En effet, effet, si, délaissant délaissant la la question question du moule moule dans lequel lequel s’est s’est forgé forgé le schème de la vie vie de Sartre, on s’interroge sur les raisons de son succès en

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1945, on tombe d’abord sur un modèle explicatif explicatif qui remet doublement doublement l’écrivain l’écriv ain à l’école. Ce mod modèl èle, e, cons constr trui uitt par par une une élèv élèvee de Pie Pierr rree Bour Bourdi dieu eu,, Anna Anna Bosche Bos chetti tti,, imput imputee le succ succès ès de de Sartre Sartre à trois trois fact facteur eurss : son prop prophét hétism ismee politique poli tique,, qui aurait aurait répondu répondu à une demande demande sociale sociale forte en 1945, 1945, l’addil’addition effectue personne de 12légitimités diverses, et enfin son habilequ’il stratégie dansenle sa champ littéraire . Arrêtons-nous sur les deux derEntretiens etiens avec Jean-P Jean-Paul aul Sartre, 8. Simone de Beauvoir,  La Cérémonie des adieux suivie de Entr Gallim Gal limard ard,, 198 1981, 1, p. 2209. 09. 9. Voir  L’Af  L’Affair fairee Henri Martin, Ga Gall llim imar ard, d, 1953 1953.. 10. Exposé devant devant le Groupe d’études sart sartriennes, riennes, demeuré hélas inédit inédit.. 11. Jean-Jacques Brochier Brochier réservait cette dernière formule formule à Camus ; c’est le titre d’un pamphlet qu’il publia publia en 1970, réédité en 2001 aux Édit Éditions ions La Différen Différence. ce. 12. Anna Boschetti, Sart Sartre re eett « Les T Temps emps mode modernes rnes », Mi Minu nuit it,, 1985 1985..

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niers fde acteurs. Laosophi straté stratégie gieSartre : àtre, une époque époque oeù moins se démocrati dém ocratise se el’enseign l’en seigneementt facteu men lars.phil philoso phie, e, Sar , philos phi losoph opheoù moi ns techn te chniqu ique que bien bien d’autres d’aut res (Husserl (Husserl ou Heidegger Heidegger,, par exemple exemple), ), offrait offrait le double double avantag avantagee d’être lisible et de s’inspirer de la la philosophie allemande allemande ; philosophe mais écrivain écrivain et passeur, passeur, il aurait même réussi ce tour de force de traduire en langage philosophique philosophique (av (avec ec le concept de pour-soi, inquiète non-coïncidence avec soi) l’image flatteuse qu’un intellectuel se forme de luimême. Les témoignages abondent d’anciens élèves — Pontalis, Pontalis, pour n’en citer qu’un13 — qui rapporte rapportent, nt, admiratifs admiratifs,, quel mervei merveilleu lleuxx professeur professeur de philosophie fut Jean-Paul Sartre — après tout tout,, était-ce à Raymond Aron, amateur amate ur de tennis, tennis, qu’on eût pu demander demander à la la fois des cours cours sur

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Hei Heide ggerrcompris et de des s leçons leç ons de box boxe e ique ? Écriv Écrleivain ain,, philos phid’excellences losoph ophe, e, boxeur boxeur amate amateur ur : on adegge déjà com pris que Sartre pratique prat cumul ; n’est-il pas, de plus, plus, profes professeu seurr et cré créate ateur ur,, auteur auteur et théo théoric ricien ien,, univer universit sitair airee (l’ENS, l’agrégation) et pilier de bistrot… De là une aptitude rarissime à un dialogue avec avec pl plusieur usieurss publics. publics. Bref : Sartre Sartre serait serait une une espèce espèce de supersuper« bon élève élève », un camélé caméléon on de l’inte l’intelli lligen gence, ce, le Oudini Oudini de l’espr l’esprit it ou le khâgne khâ gneux ux absolu absolu,, apte, apte, selon selon le mot mot de Pascal Pascal,, à « sa savo voir ir quelqu quelquee chose chose de to tout ut » plut plutôt ôt que que « tout tout d’ d’un unee cho chose se ». Que le succès de Sartre soit en grande partie lié à son accueil par la jeunesse intellectuell intellectuelle, e, c’est un point incontestable. incontestable. Il me semble que Sartre le savait sav ait bien, et qu’il a donné donné une représentation représentation de cet heureux heureux rapport en  Les Chemins Chemin declaleliberté  libert peignant peig nant,, dans relations relations réussies réussies dMais e Mathieu, Mathi eu, professeur de philosophie, philoso phie, savec ave jeuneé ,etlessympathique Boris. Boris.de Boris

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ne demande à Mathieu nulle leçon… J’ai eu l’occasion de le montrer ailleur ail leurss : ceux que l’ex l’exist istenti entiali alisme sme sartr sartrien ien a séduits séduits,, il est est très très probabl probablee que ce fut en tant que non dogmatique dogmatique,, en tant que philosophie philosophie de l’ambil’ambiguïté et de la responsabilité individuelle14. Là-dessus, Là-dessus, tous les témoignages témoignages s’accordent,, aussi bien s’accordent bien de Francis Jeanson ( Le  Le Problème Problème moral et la pensée de Sartre, 1947) que de Maurice Maurice Merleau-Ponty Merleau-Ponty (« Un auteur scandale leux ux », 1947 1947,, re repr pris is dans dans Sens et non-sens), de Gille Gilless Deleuz Deleuzee ( Dialogues  Dialogues, 1977) que de François Maspero ( Les  Les Temps modernes, oct octobr obre-d e-déce écemb mbre re 1990) : Sartre apparut apparut non non comme comme un modèle exemplaire exemplaire mais comme comme un un «rate courant cour dbref, (De e), nonerne comme comme un un sprêcheur prêc mais maisun comm comme e unatelibélibérateur ur ant — d’air br’air ef, »un(Deleuz Socrat Soleuze), crate e moderne mod ou ou plus plu exacte exaheur ctement ment « Socrate Socr du du néant »15, qui po posai saitt des questio questions ns sans les les résoudre résoudre,, renvo renvoyant yant chacu chacunn à l’exigence de juger selon soi-même (Merleau-Ponty).

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 L’Amourr des commencemen commencements ts, Ga 13. Dans  L’Amou Gall llim imar ard, d, 1986 1986.. 14. Voir « Pilier Pilierss d’ d’un un ssucc uccès ès : portr portrait ait de S Sart artre re en pon pontt »,  La Naissance du phénomène Sartre. Raisons d’un succès 1938-1945 , I. Gal Galste sterr éd., éd., Le Seu Seuil, il, 2001, 2001, p. 111 111-14 -141. 1. 15. C’est l’expression l’expression qu’emploie, en mauva mauvaise ise part, Pierre Boutang dans Sartre est-il un posséd édéé ?, La Tabl ablee rrond onde, e, 194 1947, 7, p. 35. 35.

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   1         o    f   n    i  .   n   r    i   a   c  .   w   w   w   s    i   u   p   e    d    é   g   r   a    h   c    é    l

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Reste que la référence à Socrate ne fait pas sortir Sartre du champ de la pédag pédagogi ogiee : simple simplemen ment, t, le prix prix d’exce d’excelle llence nce est est deve devenu nu prix prix de nonnonsavoir sav oir,, l’élève l’élève hors de de pair pair s’est mué en en maître maître d’exc d’exceptio eption, n, celui qui prend le beau risque d’enseigner le refus des maîtres, comme l’Oreste des  Mouches osait ne pas devenir le chef d’Argos qu’il avait délivrée. Par ailleur ailleurss le non-didacti non-didactisme sme de Sartre, Sartre, en matière matière de morale, morale, n’a pas empêché son œuvre de très vite de devenir venir un obj objet et sinon éthique, du moins didactique. Le signataire de ces lignes est loin loin de s’en plaindre, plaindre, qui passa l’agrégation de lettres alors que le programme, programme, trois ans après la mort de Sart Sa rtre re,, donc donc en 1983 1983,, comp compor orta tait it  Le Diable et le bon Dieu, ce cell llee de de ses ses pièces que Sartre déclarait préférer16.  Les Mots figurèrent à leur tour au programme de divers concours nationaux (écoles d’ingénieurs, ENS…), et l’on peut espérer qu’un jour  La Nausée ou  Le Mur,  Huis clos ou  Les Séquestrés d’Altona bénéficieront de l’attention critique qu’impliquent en France Fra nce cces es inscr inscript iption ionss « au progr programm ammee ». En ce ce sens, sens, et si l’on l’on repr reprend end la fausse étymologie qui relie classique à classe (Furetière dans son  Dictionnairee, en 1690 : les auteurs « qu’o  Dictionnair ’onn lit dans les classes, les écoless »), Sartre est très école très vite vite devenu devenu un classiqu classique. e. Pluss vite Plu vite enc encore ore,, peut-ê peut-être tre,, aux ÉtatsÉtats-Uni Uniss qu’e qu’enn Franc France. e. Oreste Oreste

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Pucciani Puccia ni a retra retracé cé la fort fortune une de de Sartre Sartre,, après après 1945, 1945, dans dans le Nouv Nouveau eau Monde17. D’une D’une part, en résumant résumant la la chronologi chronologiee des tra traducti ductions ons de  L’existentialisme xistentialisme est un humanisme et Huis clos ; 1948, Le l’œuvre (1947, L’e  Mur, les  Réflexions sur la question juive,  L’Ima  L’Imaginaire ginaire, l’ Esquisse  Esquisse d’une théorie des émotions ; 1949,  La Nausée et  Les Mains sales ; 1956,  L’Êtr  L’Êtree et le Néant ). ). D’autre D’autre part, en montrant montrant comment comment deux centres centres univers universiitaires (UCLA, av avec ec P Puc ucci cian anii luilui-mê même me,, Boul Boulde derr dans dans le le Colo Colora rado do,, avec avec Hazel Haz el Barnes, Barnes, traduc traductri trice ce de  L’Êtr  L’Êtree et le Néant ), ), ont formé formé des des généra généra-tions de chercheurs à la la lecture des textes textes littéraires, puis — malgré l’opposition de l’ Establishment   Establishment analytique — philosophiques de Sartre. Une vie, donc, de profess professeur eur à succès, succès, et dont des professeurs professeurs firent firent le succès… Tout cela reste néanmoins extérieur aux principes mêmes de l’écri l’é critur turee sartrie sartrienne nne.. Mais Mais au fait, fait, d’où d’où vienne viennentnt-ils ils,, sinon sinon encore encore de

l’ l’éc écol olee ?

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L’ é c c  r  r iit t ure pro l l onge o nge l ’ é c  c o o  l l e e  

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Lorsque la vocation vocation d’écrivain d’écrivain du jeune Poulou se déclare, son grandpère lui lui recomma recommande nde de choisir choisir un second second métier métier : « le professo professorat rat laissai laissaitt

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 Entretiens tiens avec Jean-P Jean-Paul aul Sartre, op. cit., p. 242. 16.  Entre 242. 17. Tout Tout d’abord dans une commu communication nication (« Enseign Enseigner er Sartre ») pour une décade de Cerisyla-Salle (juin (juin 1979), puis dans un article intitulé « Sartre et sses es audiences américaines » (voi (voirr ressartrienness, n° II-III, Paris X pectivement  Études sartrienne X,, Publidix, 1986, p. 29 2911-300, et  Les Temps modernes, n° 503, 503, juin juin 1988 1988,, p. 131131-15 155) 5)..

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 .    F  .    U  .    P    ©  .    7    2    h    4    0    2    1    0    2    /    7    0    /    9    2      6    2    2  .    9    7    1  .    3    4    0  .    9    1   -

      o    f   n    i  .   n   r    i   a   c  .   w   w   w   s    i   u   p   e    d    é   g   r   a

   h   c    é    l    é    t    t   n   e   m   u   c   o    D

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des loisirs ; les préoccupations des universitaires universitaires rejoignent celles des littérateurs térat eurs ; je passerais passerais constamm constamment ent d’un sacerdoc sacerdocee à l’autre ; d’un même même mouvement je révélerais leurs ouvrages à mes élèves et j’y puiserais mon inspiratio inspi rationn » (p. 129). 129). Leçon Leçon fort fort bien bien retenue, retenue, à en croire croire ce que que Sartre Sartre dira à Beauvoi Beauvoirr à la la fi finn de sa vie vie : « Je voyais voyais un rapport rapport entre le profesprofesseur de Lettres Lettres qui se forme un style en étant étant professeur professeur,, en corrigeant corrigeant celui de ses élèves et ce même professeur usant du style qu’il avait ainsi étudié, étudi é, pour faire faire un un livre livre qui assurerait assurerait son son immorta immortalité lité »18. On apprend le style style en l’enseignan l’enseignantt : c’est en professa professant nt qu’on se fait fait écriv écrivain. ain. Aussi Sartre Sartre s’amuse-ts’amuse-t-il, il, dans Les Mots, à représenter représenter cette cette connexion connexion intimee de l’éc intim l’écrit riture ure et et de l’éc l’école ole : il se se peint peint en en « jeune jeune créat créateur eur à son pupitre pupit re d’écolier d’écolier » (p. 119) ; à ses cahiers cahiers de calcul calcul ou d’analyse d’analyse logique logique fontt penda fon pendant nt ses ses « cahier cahierss de roman roman » (p. (p. 170) 170) ; peu peu doué doué pour pour écrire écrire,, il lui reste reste « la sueu sueurr et la peine peine » dduu « fort fort en en thèm thèmee » (p. (p. 134) 134) qui, qui, deve devenu nu

le « chantre chantre d’Auril d’Aurillac lac » où l’appellen l’appellentt ses ses fonction fonctionss de professeur professeur,, écrira écrira inlassable inlas sablement ment pour pour sauver sauver l’huma l’humanité nité : « les cahiers cahiers tombai tombaient ent sur sur le parparquet l’un l’un après après l’autre l’autre » (p. 151). 151). Pour accomplir un pas de plus, il faut trouver en quoi l’écriture sartrienne est informée par l’école. On peut soutenir que de son expérience scolaire Sartre tire un de ses projets d’écrivain d’écrivain ; une partie de sa méthode D m e é é g d s w c r n n o

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d’écriture ; voire quelques-uns quelques-uns des principes qui guident guident sa pratique de critique littéraire. 1) Un projet projet général d’écri d’écrivai vainn : Sartre Sartre a nourri et réalisé réalisé le désir désir de se faire auteur auteur comique, comique, et la critique critique a repéré depuis longtemps longtemps l’imporl’importance de la parodie, du grotesque et du carnavalesque carnavalesque dans ses textes textes narratifs (le Mardi-Gras dans La Nausée : « J’ai J’ai fe fess sssé sé Maur Mauric icee Bar Barrè rèss »), »), ou théâtraux ( Huis  Huis clos ou le carnaval des morts-vivants,  Nekrassov et la farce,, etc.). farce etc.). Or d’où d’où procède procède ce ce désir désir ? Peut-être Peut-être des des enfances enfances sartri sartriennes ennes : « souffre-do souffre-douleur uleur pendant pendant deux ans ans » à La Rochell Rochelle, e, selon le le premier premier des Carnets de la drôle de guerre19, donc donc en en 11917 917-19 -1919, 19, l’élèv l’élèvee Sart Sartre re s’en s’en tire en se faisant bouffon. La découverte de sa risibilité subie l’a conduit

 .    F  .    U  .    P    ©  .    7    2    h    4    0    2    1    0    2    /    7    0    /    9    2      6    2    2  .    9    7

à se défendre par le rire provoqué. Ce renversement sera explicité dans  L’Idiot de la famille, à propos propos de l’invent l’invention ion par Flaube Flaubert rt de la figure figure « hénaur hénaurme me » du Garç Garçon, on, en des des pages pages où le passa passage ge abrup abruptt au disc discour ourss directt libre direc libre laisse laisse percer percer l’aveu l’aveu autobi autobiograph ographique ique : « Ce qui était mon vice vice de constituti constitution on deviendra deviendra la source source de mon pouvoir pouvoir ; bouffon, bouffon, je me libélibérerai en produis produisant ant ce que je subissa subissais is »20. Ainsi s’est produite une fixation « à l’âge l’âge de la la risib risibili ilité té » : vu de de l’ext l’extéri érieur eur,, sentan sentantt qu’on qu’on se déso désolid lidari arise se de lui par le rire rire et qu’on ne se met pa pass à sa place, l’enfant l’enfant en vient vient à

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18.  Entret  Entretiens iens avec Jean-P Jean-Paul aul Sartre, op. cit., p. 541. 541. 19. Carnets de la drôle de guerre , Gall Gallim imar ard, d, 1995 1995,, p. 178. 178. 20.  L’Idiot de la famille, Ga Gall llim imar ard, d, 1971 1971,, t. 11,, p. 8824 24..

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« éprouver éprouver une difficu difficulté lté croissante croissante à se mettre à sa propre place »21. Se dissociant disso ciant d’elle-mê d’elle-même, me, vouée vouée à cette non-coïnci non-coïncidence dence avec avec elle-même elle-même qui défi définit nit aussi, aussi, on l’a l’a vu, le pour-so pour-soii dans dans L’Êtr  L’Êtree et le Néant , la per perso sonn nnee cède la place à une  persona risi risibl ble, e, un « cr crét étin in magn magnif ifiq ique ue », souc soucie ieux ux,, ajoutee Sartre, ajout Sartre, d’ « illustre illustrerr le nom nom de son son père en le déshonorant déshonorant »22. Sartre (sartor, le tailleur) tailleur) aurait-i aurait-ill voulu voulu tailler tailler en pièces le le nom de son père (offici (of ficier er,, polytechni polytechnicien) cien) en se faisan faisantt auteur auteur comique comique ? 2) A côté de ce dessein comique, il existe chez Sartre écri écrivain vain une profonde pulsion réaliste. Elle nous conduit vers la question de la méthode

      o    f   n    i  .   n   r    i   a   c  .   w   w   w   s    i   u   p   e    d    é   g   r   a    h   c    é    l    é    t    t   n   e   m   u   c   o    D

sartrienne d écriture sartrienne écriture.. En effet cette cette pulsion pulsion est donnée, donnée, dans  Les Mots, comme une production de l’école. Geneviève Geneviève Idt, avec de bons arguments, arguments, proposait, propos ait, dans un article article im importan portantt23, de lire lire dans dans les ordres de Charles Charles Schweitzer concernant concernant la description, et dans les efforts efforts de Poulou pour lui obéir, obéir, une représentation de l’enseignement l’enseignement littéraire au lycée dans les années ann ées 1915-1 1915-1917 917 : « Ah, disait disait mon grandgrand-pèr père, e, ce n’es n’estt pas pas tout tout d’avo d’avoir ir dess yeu de yeux, x, il faut faut appr appren endr dree à s’en s’en ser servi virr », et de rappe rappele lerr com comme ment nt Flaubert installait Maupassant devant devant un arbre et lui donnait « deux heures pour le décrire décrire » (p. 131). Cette Cette école école de l’observa l’observation, tion, cette leçon de choses chère à Jules Jules Ferry Ferry,, bref cette cette méthode méthode expérim expérimental entale, e, Sartre Sartre la D m e é é g d s w

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repren rep rendra dra,, estim estimee G. Idt, Idt, dans dans le célèbr célèbree épisode épisode du marro marronni nnier er de  La  Nausée, où il s’appuie s’appuie sur le canon de la descript description ion et de la narration, narration, telles tell es que les enseig enseignaien naientt l’école l’école primaire primaire ou le « petit petit lycée lycée », tout en le masquant derrière derrière des références culturelles trop modernes modernes pour l’école : la description phénoménologique à la H Husserl usserl à coup sûr, peut-être aussi l’arbre de M. Taine des  Déracinés. Et l’Univ l’Universit ersitéé ? Jacques Jacques Deguy Deguy,, de son côté, côté, a montré montré ce que que le début début de  La Nausée, avec avec so sonn « avert avertiss isseme ement nt des des éditeu éditeurs rs » et ses ses notes notes de bas bas de page vite abandonnées, abandonnées, devait devait à une parodie des éditions critiques critiques préconisées par Gustave Lanson24. Il ne manque plus que les grandes classes du lycée lycée ici ici : rassur rassurons ons-no -nous, us, les suje sujets ts de diss dissert ertati ation on que que l’on l’on y traite traite sont placés, cum grano salis, dans dans la bo bouch uchee de l’Aut l’Autodi odidac dacte. te. Par Par exem ex empl plee cel celui ui-c -cii : « N’éc N’écri ritt-on on pas pas tou toujo jour urss pou pourr êtr êtree lu lu ? » — à quo quoii semble répondre par la négative ce fait que le journal de Roquentin est donné pour trouvé par hasard dans ses papiers. Ainsi l’écriture romanesque sartrienne dans  La Nausée procéderait, pour partie, partie, en élaborant élaborant (compliquan (compliquant, t, voire voire parodiant) parodiant) des exercices exercices sco21.  Ibid., p. 8827 27-82 -828. 8. 22.  Ibid., p. 8829 29 eett 83 831. 1. 23. « Modèl Modèles es scola scolaires ires dans l’é l’écrit criture ure sartr sartrienn iennee : La Nausée, ou llaa “n “narr arrati ation” on” imp imposs ossibl iblee »,  Revue des sciences humaines, n° 174, 174, avri avrill-ju juin in 1197 979, 9, p. 8833-10 103. 3. 24. Voir «  La Nausée ou le désastre désastre ddee Lans Lanson on »,  Roman 20/50, n° 5, juin 1988 988, p. 4433-54, -54, et le commentaire que J. Deguy a donné de  La Nausée pour la collection Foliothè Foliothèque, que, Gallimard, 1992.

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laires. Sartre apparaît comme l’un des premiers écrivains à prendre conscience de l’influence l’influence de ll’école ’école sur les manières d’écrire, et à agir en conséquence, c’est-à-dire avant avant tout à se défendre par la parodie. parodie. C’est ce que révéler révélerait ait aussi son théâtr théâtree : l’un des object objectifs ifs que que Sartre Sartre s’assigne, s’assigne, je

 .    F  .    U  .    P    ©  .    7    2    h    4    0    2    1    0    2    /    7    0    /    9    2      6    2    2    9  .    7    1  .    3    4  .    0    9    1   -

      o    f   n    i  .   n   r    i   a   c  .   w   w   w   s    i   u   p   e    d    é   g   r   a    h   c    é    l    é    t    t   n   e   m   u   c   o    D

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me contente contente de le signaler signaler ici, est de déconstrui déconstruire re les topoi scolaires qui décrivent le fonctionnement du spectacle. Le topos de la comm communi union, on, par exemple exe mple (voir (voir Copeau, Copeau, Jouvet, Jouvet, ou bien bien Henri Henri Gouhier Gouhier dans dans  L’Essence du théâtre, en 1943 1943), ), cont contre re qu quoi  Huis clos, en 1944 1944,, repré représe sent ntat atio ionn de la géhenne, géhen ne, propos proposee une dramaturg dramaturgie ie de la gêne gêne : la torture torture par la luxure luxure vue, la luxure luxure de la torture torture contemplé contemplée, e, etc.25 Ou bien le topos de la purgation de et par la terreur terreur et la pitié pitié,, contre quoi quoi Les Séquestrés d’Altona (1959) met en scène un monstre — Frantz von Gerlach a torturé ses semblables, si bien qu’il qu’il en est devenu devenu à jamais dissembla dissemblable ble —, un monstre monstre qui, découvert, suscite (par exemple chez sa belle-sœur Johanna) une terreur sans purgatio purgationn possible, possible, et point point de pitié pitié mais un dégoût dégoût absolu absolu ; ainsi est est déjouée l’antique catégorie aristotélicienne du  philantr  philantropon opon (Poétique, 1456 14 56 a 21) 21) : le « sent sentim imen entt d’h d’hum uman anit itéé » ou ou « ce qui qui éve éveil ille le le sens sens de de l’hum ’humai ainn », ou « la sym sympa patthie hie »26. 3) Considérons maintenant la critique littéraire telle que Sartre l’a pratiquée, tiqu ée, avant avant tout tout dans les les articles articles rassemblés rassemblés dans dans Situ Situat atio ions ns,, I , mais aussi dans le troisième des Carnets de la drôle de guerre, où est est passé passé au crible cri ble,, sans sans ména ménagem gement ents, s, le début début de  L’Éducat  L’Éducation ion sentimentale : on ne peut manquer d’être frappé par l’importance qu’y prennent des remarques techniques sur l’emploi l’emploi des temps, temps, le choix des verbes et des voix verbales,, ou la structure bales structure des des phrases. phrases. Là encore, encore, l’influenc l’influencee de l’école l’école se fait fait sentir sen tir : Sartre Sartre appa apparti rtient ent à ce ce que Gilles Gilles Phil Philipp ippe, e, dans dans un beau beau livre livre (à (à para pa raît ître re chez chez Ga Gall llim imar ard, d, « Bibl Biblio ioth thèq èque ue des des idé idées es », 2002 2002), ), nomm nommee le le « moment moment gramm grammati atical cal de la la litt littérat érature ure frança française ise », qui place, place, de 1890 1890 à 1940, la grammaire grammaire au cœur de tous les débats débats critiques. critiques. Ainsi Gide Gide se montre mon tre-t-t-il, il, dans dans son Journal, obsédé par par la difficult difficultéé de trouver trouver un équilibre entre purisme et hardiesses, ainsi Proust répondant à Thibaudet dans  La NRF , parle-t-il parle-t-il,, en jan janvier vier 1920, à propos propos de de Flaubert Flaubert et de de son emploi emploi de l’impa l’imparfait rfait,, de la « beauté beauté grammat grammaticale icale » des grands textes textes littéra littéraires. ires. Or Sart Sartre re,, esti estime me G. Ph Phil ilip ippe pe,, repr représ ésen ente te « le so somm mmet et absol absoluu » de de la la « gramma grammatic ticali alisat sation ion de la “crit “critiqu iquee d’auteu d’auteur” r” », et il montr montree en particu particu-lier tout ce que la conception sartrienne du style doit à  L’Art de la prose (1908) de Gustav Gustavee Lanson, livre livre que Sartr Sartree médite et enrichi enrichit, t, au point de faire de Si Situ tuat atio ions ns,, I un grand livre de stylistique.

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25. Pour Pour pplus lus ddee dét détails ails,, voi voirr not notre re Sartre contra  Nietzsche, Pre Presse ssess uni unive versi rsitai taires res de

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Gren Grenoble oble, (chap. ap. 2).ement les traduction 26. Ce, 1996 sont (ch respectiv respectivement traductionss de J. Hardy pour Les Belles Lettres (1932), (1932), de R. Dupont-Roc et J. Lallot pour L Lee Seuil (1980), de M. Magnien pou pourr Le Livre de Po Poche che (1990).

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 .    F  .    U  .    P    ©  .    7    2    h    4    0    2    1    0    2    /    7    0    /    9    2      6    2    2  .    9    7    1  .    3    4  .    0    9    1   -

      o    f   n    i  .   n   r    i   a   c  .   w   w   w   s    i   u   p   e    d    é   g   r   a    h   c    é    l    é    t    t   n   e   m   u   c   o    D

N’allons pas trop loin N’allons loin cependan cependantt : Sartre Sartre n’est pas dans dans les meill meilleurs eurs termes avec avec l’école, trois indices nous le suggèrent. suggèrent. D’abord le recours constant const ant à la parodie de modèles modèles d’écriture d’écriture scolaires, scolaires, on l’a dit (encore (encore qu’on puisse la la suspecter d’être elle-même d’essence potache ?). Mais aussi la mise mise en scène, scène, dans La Nausée, d’une d’une crise crise du savo savoir ir,, à tra trave vers rs la figure fig ure de l’Autodida l’Autodidacte cte : découvrir découvrir son son mode mode de lectur lecturee (il dévore dévore dans dans l’ordre alphabétique d’auteur les livres de la Bibliothèque de Bouville) contribue à décourager Roquentin d’écrire sa biographie de Rollebon, parce qu’un tel mode pose le problème de l’ordre de la connaissance — comment comment apprendre apprendre en échappant échappant à l’arbitraire l’arbitraire ? S’alphabétis S’alphabétiser er,, est-ce souscrire souscr ire à la la dictature dictature de l’alphab l’alphabet et ? Enfin, Enfin, dans Les Mots, lo lors rsqu quee pour pour Poulou Pou lou écla éclate te la la res ressem sembla blance nce entr entree « cahier cahier de de romans romans » et « cahier cahier de de devo de voirs irs », auteur auteur d’un d’un côté, côté, élève élève et futu futurr profess professeur eur de l’au l’autre tre,, social socialisé iséee ou scolarisée sa plume alors lui tombe de la main (p. 137). Si la littérature n’est plus qu’une province de l’enseignement, elle cesse d’être désirable.

L A P E T I T E E T L A G R A N D E S A T I R E   :  C H A H U T E T R É V O L U T I O N D m e é é g d

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Pourtant, Poulou Pourtant, Poulou devi devint nt Sartre : sans jamais jamais cesser cesser d’écrire. d’écrire. Qu’est-ce Qu’est-ce qui lui lui rendit rendit la littératu littérature re possible possible ? C’est-à-di C’est-à-dire re : qu’est-ce qu’est-ce qui lui permit permit de mettre mettre à distan distance ce l’influe l’influence nce scolaire scolaire ? Pour Sartre, Sartre, la question question est aussi celle de l’écart l’écart à prendre prendre avec avec cette cette « atmosphère atmosphère universi universitaire taire » 27 dans laquelle il fut élevé , et en parti particulie culierr avec la figure figure de son grandgrandpère, Charles Charles ou Karl Schweitze Schweitzer, r, professeur professeur d’alleman d’allemandd (comme son son fils l’oncle l’onc le Émile), Émile), et ami du du directeur directeur de la la  Revue pédagogique, à eenn cro croir iree  Les Mots (p. 77). 77). Sartre va va donc se lancer lancer dans dans le chahut chahut : entreprendr entreprendree de chahuter chahu ter l’école l’école par et dans la littérature. littérature. Sous cet angle, angle, le chahut est exemplaire exemplai re qui fut organisé contre Lanson, dans une revue de fin d’année à l’ ENS, et où, se rap rappel peller leraa Sart Sartre re deva devant nt Beauv Beauvoir oir,, « je jouais jouais Lanson Lanson,, le di dire rect cteu eurr »28. Ce chahut vivant de mars 1925 s’inscrit entre deux autres que connut Sartre, Sartr e, mais qu’il qu’il textual textualisa, isa, et qu’on qu’on peut dater dater respecti respectiveme vement nt de 191719171922 puis de 1968-1971. En s’appuyant sur une distinction formulée dans une page de Qu’est Qu’est-ce -ce que la littératu littérature re ?, on lles es oppo opposer seraa comm commee la petite peti te et la grande grande satire, satire, avant avant de voir voir comment comment dans dans  Les Mots sont reprises et dépassées ces deux formes.

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27. Carnets de la drôle de guerre , op. cit., p. 505. 505.  Entretiens iens avec Jean-P Jean-Paul aul Sartre, op. cit., p. 237. Rappe 28.  Entret Rappelons lons que L Lanson anson dirig dirigea ea l’ENS de 1919 à 1927.

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      o    f   n    i  .   n   r    i   a   c  .   w   w   w   s    i   u   p   e    d    é   g   r   a    h   c    é    l    é    t    t   n   e   m   u   c   o    D

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1917-1922 e tt    l a p e ti ti t e s a ti  ti r e 

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Par petite petite satire Sartre Sartre entend entend « le rire impitoya impitoyable ble d’une bande bande de gamins gami ns devant devant les maladresse maladressess de leur souffre-doul souffre-douleur eur »29. C’e C’est st,, on l’a l’a rappel rap pelé, é, ce qu’il qu’il vécu vécutt en 1917 1917-19 -1919 19 au lycé lycéee de La La Rochel Rochelle le : à la fois fois commee élève comm élève risible, risible, martyr martyr de la la sous-human sous-humanité, ité, et comme comme partic participant ipant actif du chahut dirigé contre le professeur de lettres. De cette dernière expérienc expé riencee Sartre donnera une transpositi transposition on romanesque romanesque dans « Jésus la Chouette, Choue tte, professeur professeur de provi province nce », écrit en en 1922. Le titre titre suffit suffit à indi indiquer quer que le sacerdoce professoral va tourner au martyre. Sartre recourt à trois des procédé procédéss les plus classiques classiques de de la satire satire : l’onomasti l’onomastique que signif signifiante iante,, la catégorisation en types, l’événement diégétique diégétique à forte valeur symbolique. symbolique. Le nom du professeur professeur chahuté, chahuté, dans ce roman de de jeunesse, jeunesse, parle de de luimême mê me : M. Loo Loosdr sdreck eck,, et Sart Sartre, re, germa germani niste ste,, ne pou pouva vait it igno ignorer rer le sens sens de « lo loss » (p (pré réfi fixe xe qui qui sign signif ifie ie « lâch lâcher er »), »), ou de « Los Los » (de (dest stin in,, so sort rt), ), ou su surrtout la la valeur valeur scatologiq scatologique ue de « Dreck » en allemand. allemand. Dans Dans une nouvelle, nouvelle, « L’ang ’angee du mor morbi bide de », écri écrite te peu peu apr après ès « Jé Jésu suss la Chou Chouet ette te », le per perso sonnnagee princ nag princip ipal al,, encore encore un un profe professe sseur ur,, se nom nomme mera ra « Louis Louis Gail Gailla lard rd » : par par antiphrase, antiphra se, puisqu’il puisqu’il n’est ni souverain souverain ni robuste, robuste, mais tout tout juste juste capable capable de feindre de tomber tomber amoureux d’une poi poitrinaire trinaire,, qu’il n’arrive n’arrive même pas à violenter violenter.. — Sartre Sartre se plaît plaît à décrire décrire des « types de professeurs professeurs »30 : pour tous, l’attente l’attente de la retraite retraite et du ruban ruban rouge, rouge, mais du raté raté chahuté chahuté on distinguera ting uera l’agrégé l’agrégé conteur obsessionne obsessionnell d’anecdotes, d’anecdotes, le prof. poète régionallis na istte (un (un Alsac lsaciien), en), et la Sévr Sévriienne enne,, dél délicate catem ment ent de dess ssiinée née : « une maigre maig re jeune fille fille,, sans fards fards ni poudre, poudre, avec avec l’air cha chaste ste et sérieux sérieux d’une 31 instit ins titutr utrice ice » . — Le récit récit se se termine termine par le suicide suicide de M. Loosdreck, Loosdreck, qui se jette jette sur la voie voie du tramway tramway : la baladeuse baladeuse lui lui passe sur les les jambes jambes à la hauteur de la cuisse. Un professeur n’est pas un homme entier : mais un un raccourci. Même pas un décapité (comme le Troppmann de Bataille, dans  Le Bleu du ciel, dont le patr patronym onymee de guillotiné guillotiné fait un acéphale acéphale d’hond’honneur), neu r), mais mais un cul cul de jatt jattee ou un nabo nabot, t, une moit moitié ié d’hom d’homme me ou un homm ho mmee ssép éparé aré en deux deux.. Bre Bref, f, un « pauv pauvre re ca cada davr vree rom rompu pu »32, l’exact opposé de ce « tout un homme homme » qu’on qu’on rencontrera rencontrera à la fin fin des Mots. Leurs méthodes méthodes pédagogiques rachèteraient-elles ces sous-hommes sous-hommes ? Comment ces professeurs enseignent-ils la littérat littérature ure ? M. Loosdreck « nous lisait des vers et nous faisait faisait part de ses impressions impressions personnelles su surr les les poèm poèmes es »33. On chercherait en vain quoi que ce soit de précis sur

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29. Qu’es Qu’est-ce t-ce que la llitté ittérat ratur uree ?, Situ Situatio ations, ns, II , p. 141. 141. 30. « Jés Jésus us la Cho Chouet uette te », Écr Écrits its de jeu jeunes nesse, se, Gal Gallim limard ard,, 199 1990, 0, p. 1168. 68. Voir la Not Notice ice de Michel Contat sur ce texte. 31.  Ibid., p. 10 103. 3. 32.  Ibid., p. 13 134. 4. 33.  Ibid., p. 78 78..

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un modèle rhétorique rhétorique (production de ttextes), extes), ou un modèle lansonien (histoire littéraire). Ici se dessine ce que confirmeront  Les Mots, et l’on ’on y reviendra rev iendra donc donc : ce n’est pas pas à l’école l’école que la la littératur littératuree s’apprend. s’apprend. Sartre Sartre le dira dira très très claireme clairement nt à Beauvoir Beauvoir : à La Rochelle, Rochelle, reprenant reprenant les les hab habitude itudess parisiennes de sa grand-mère Louise Schw Schweitzer, eitzer, il s’abonne à un cabinet de lecture lecture,, emprunte emprunte des des livres livres à la Bibliothè Bibliothèque que de de la mairie, mairie, romans policiers ou d’aventures34. L’accès L’accès à la « grande grande » littéra littérature ture n’intervien n’intervien-dra qu’une qu’une fois fois Sartre Sartre revenu revenu à Paris, Paris, au lycée lycée Henri Henri IV, IV, à partir partir de la premiè pre mière, re, grâce grâce à Paul Paul Nizan, Nizan, qui fera fera découv découvrir rir à son ami ami Prou Proust, st, Conr Co nrad ad,, Gira Giraud udou ouxx (en (enco core re Sart Sartre re le trou trouvvai aitt-il il « cr cris ispé pé ») »),, Mora Morand nd,, le less surréalistes. Adieu à Paul Bourget et à Claude Farrère. A quoi sert donc une scolarité littéraire, si elle ne fait pas découvrir la littératur litt ératuree ? Eh bien, Sartre répondr répondrait ait qu’il qu’il y a parfois d’heureu d’heureuses ses rencontre con tres, s, et il évoqu évoquera erait it M. Geor Georgin gin,, cet « excell excellent ent profe professeu sseurr » qui fut le le sien en première A35. (Ce qui n’empêcha point Sartre de peindre sous de moqueuses couleurs le pédagogue des  Mouches, humani humaniste ste anti antique que anaanachroniquement frotté de Gide et de Giraudoux, et qui ne prépare en rien Oreste à l’action.) Ou bien il soulignerait qu’on peut découvrir la philosophie, par le biais de tel sujet de dissertat dissertation ion sur sur le temps, temps, qui conduit conduit à Bergson, Berg son, et de là là aux belles belles années années de de l’ENS. Ou enfin il ferait ressortir que l’école vaut avant tout comme apprentissage de la vie en société. Ce qu’il aura l’occasion de montrer nettement à propos de Flaubert. F ll  auber  a uber tt    a u c o o  ll  X e  s ii  è  è c ll ège ou ma i  i   68 au X II  X  cl  l e 

Abordant L’Idiot de la famille famille, on quitte quitte la petite satire satire pour la grande, grande, c’est-à-dire celle qui est de type politique et fut (toujours selon la même Qu’est-ce -ce que la littératu littérature re ?) illustré page de Qu’est illustréee par Beauma Beaumarchai rchais, s, PaulPaulLouis Courier Courier,, Vallès, allès, Céline. Céline. Gusta Gus tave ve Flau Flauber bert, t, tel que l’an l’analy alyse se Sartr Sartre, e, commen commence ce par par être être un enfant qui se voue à l’imaginaire, un acteur cont contrarié rarié dev devenu enu futur écrivainn par compens vai compensation ation,, tout occupé occupé à créer un « contre-cosm contre-cosmos os avec avec des 36 mots » . Pour lui l’entrée au collège de Rouen vaut comme affrontement avec av ec le réel réel.. Qu’y rencontr rencontre-t-i e-t-ill ? Une doub double le structura structuration tion sociale sociale,, une « double double appa apparte rtenan nance ce » que Sartre Sartre décri décritt en repre reprenan nantt un coupl couplee de concepts qu’il a élaboré dans la Critique de la raison dialectique, paru paruee en en 19600 : le grou 196 groupe pe et la série série.. D’un D’un côté, côté, les coll collégi égiens ens s’in s’intèg tègren rentt à des des gr grou oupe pes, s, « su surr le le ccai aill llou outi tiss ddee llaa cou courr, au ré réfec fecto toir ire, e, au dort dortoi oirr », et so sont nt alors alo rs unis unis par une relati relation on « direct directe, e, éthiqu éthiquee d’abo d’abord, rd, humain humainee » ; mais mais de l’autre, l’aut re, comme comme tout tout collé collégien, gien, Flaubert Flaubert entre entre dans « l’ensemble l’ensemble sériel des

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34.  Entre  Entretiens tiens avec Jean-P Jean-Paul aul Sartre, op. cit., p. 245. 245. 35.  Ibid., p. 167. 167. 36.  L’Idiot de la famille, Gall Gallim imar ard, d, 1971 1971,, t. 1, p. 975. 975.

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solitudes atomisées solitudes atomisées par la concurrence concurrence », puisque la la valeur valeur de chaque élève élève n’est appréciée que par par rapport à celle de tous les autres, dans une relation de dépendance indirecte (passant par les professeurs) et circulaire37. (Remarque (Rema rque : les notions notions de de groupe groupe et de série sont sont utilisé utilisées es pour pour penser l’expéri l’expérience ence scolair scolairee de Flaubert Flaubert,, mais Sartre Sartre ne ne les a-t-il a-t-il pas construite const ruitess à partir partir de sa propre propre vie d’écolie d’écolierr ? En tout cas, on le verra, verra, elles apparaissaient déjà pour décrire cette dernière dans  Les Mots). Deuxx détermi Deu déterminat nation ionss sociale socialess sont à l’œuv l’œuvre re ici : d’une d’une part, part, la bourbourgeoisie lutte contre les restes de la féodalité en introduisant dans l’enseignement gneme nt le principe principe de l’égalitarism l’égalitarismee — se tournant tournant vers un enfant, enfant, le professeur profes seur,, dans son souci souci de neutre neutre équité, équité, ne vise en lui lui qu’un je formel, formel, 38 « l’uni l’unive versa rsalit litéé abstrai abstraite te du “Je “Je pense” pense” kan kantie tienn » ; de plus, plus, toute toute la st strucructuration réglée et quantifiée du temps scolaire impose le même rythme unifiant, quelles que soient les temporalités temporalités idiosyncrasiques de chacun (les rêveurs rêveurs et les vifs, vifs, etc.). etc.). D’autre D’autre part, s’il y a « sérialisati sérialisation on compéticompétiti tive ve », c’est parce que « le systèm systèmee scolair scolairee est est intent intentionne ionnellem llement ent structuré à l’image l’image de la la société de compétition » qu’est la France de 183039. Chaquee collégien Chaqu collégien est « jeté dans une circula circularité rité sérielle sérielle que l’apparei l’appareill d’État a conçue expressément pour introduire aux compétitions sélectives des adultes adultes sur le marché marché »40. S’inspirant de la célèbre analyse marxiste de la réificati réification on de la marchandise marchandise,, Sartre conclut conclut à une une triple triple « Verdinglichung » qui s’op s’opère ère au au collèg collègee : de l’éco l’écolie lierr (ident (identif ifié ié à ses ses notes) notes),, des relations relat ions humai humaines nes (sériali (sérialisatio sation, n, hiérarchisa hiérarchisation, tion, éliminat élimination), ion), du contenu contenu du savoir (homogénéisé pour fournir matière à l’évaluation des élèves). Encore convient-il de replacer soigneusement ce système dans l’Histoir l’Hi stoire. e. Entre Entre 1830 et 1880, estime estime Sartre, Sartre, le dispositi dispositiff ne produit produit que des élimi éliminat nation ionss virtuel virtuelles les : les jeune jeuness bourgeo bourgeois is font font « leurs leurs humani humanités tés », mais se savent savent « casés d’av d’avance ance », le lycée lycée n’est n’est guère guère ouvert ouvert aux enfant enfantss des couche couchess défav défavorisé orisées. es. En En revan revanche, che, à partir partir de 18 1880, 80, lorsque, lorsque, avec avec la promotion sociale sociale de la petite petite bourgeoisie bourgeoisie radicale, le nombre augmente des « candid candidats ats à la la cultur culturee », le bacca baccalau lauréa réatt devie devient nt plus plus sélect sélectif, if, le disdispositif posit if d’évict d’éviction ion joue joue à plein, plein, et engendre engendre deux types de monstre monstres, s, les cancres et les prodiges (on verra que Sartre se targue d’avoir été les deux à la fois). fois). Enfi Enfin, n, « dans dans ces derniè dernières res année annéess », c’estc’est-à-di à-dire re vers vers mai 1968 1968,, le nombre croissant d’élèves dans le secondaire rend manifeste à ceux qui

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veulent entrer veulent entrer à l’Univers l’Université ité « l’absurdité l’absurdité criminelle criminelle du système système »41. On comprend pourquoi Sartre citait, en ouverture de son étude de la scolarité scolarité

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37.  L’Idiot de la famille, Ga Gall llim imar ard, d, 1971 1971,, t. 2, p. 11 1125 25-1 -112 126. 6. 38.  Ibid., p. 11 1132 32.. 39.  Ibid., p. 11 1122 22.. 40.  Ibid., p. 11 1149 49.. 41.  Ibid., p. 11 1124 24..

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de Fla Flaub uber ert, t, cett cettee insc inscri ript ptio ionn rele relevé véee sur sur les les murs murs de de mai mai : « Celu Celuii qui qui dépose un un chiffre chiffre sur une copie copie est un con con ». Mai 68, 68, ce serait serait donc donc,, selon selon les les termes termes de cette cette anal analyse yse,, la reva revanch nchee du groupe sur la la série, la victoire d’une sociabilité juvénile sur la socialisation imposée par les adultes, une espèce de vvaste aste chahut rév révolutionnaire. olutionnaire. Or le collège collège de Rouen a connu connu lui aussi, aussi, son mai mai 68 : au printem printemps ps 1831, 1831, l’élève Clouet Clouet et quelques quelques camarades refusent de se confesser ; affrontement avec avec l’aumôni l’aumônier er et le proviseur proviseur,, « le collège collège s’insurge s’insurge par par solidarité solidarité avec av ec C Clo loue uett », ose ose « gr grèv èvee su surr le le tas, tas, oc occu cupa pati tion on des des loc locau auxx », le less enfa enfant ntss se rêvent rêvent au au pouvoir pouvoir,, « les grévi gréviste stess […] sont sont en trai trainn de change changerr la vie »42. Hélas Hélas,, Flau Flaube bert rt n’en n’entr tree au col collè lège ge,, se selo lonn Sartr Sartre, e, qu’e qu’enn octob octobre re 1831 ou ou dans les les premiers premiers jours jours de 1832 : trop tard… tard… Cette Cette insurre insurrection ction est deve devenue nue myth mythiqu ique, e, et le ren renvoi voi de Gusta Gustave ve,, en décemb décembre re 1839, 1839, pour pour avoir chahuté un suppléant, suppléant, n’a pas la même grandeur. grandeur. Ainsi Sartre pense-t-il le système scolaire que connut Flaubert en fonction ou tout au moins au regard des événements de mai. Autre signe de leur impact impact sur lui, lui, il ouvrira ouvrira largement largement sa revue revue à la critique critique de l’Université l’Univ ersité (au prix de la démission démission de Bernard Pingaud et J.-B. Pontalis) : contentons conte ntons-nous -nous de rappeler rappeler deux te textes xtes important importants, s, parus à dix ans de distance43. La livraison d’avril 1970 des Temps modernes s’ouvre par un articl art iclee rava ravageu geurr d’And d’André ré Gorz Gorz,, intit intitulé ulé « Détrui Détruire re l’Un l’Univ iversi ersité té ». Pour Pour radica rad icale le qu’ell qu’ellee soit, soit, l’anal l’analyse yse ne manqu manquee pas d’inté d’intérêt rêt : dans dans la mesure, mesure, explique expl ique Gorz, où la la majorité majorité des bachel bacheliers iers tend à entrer entrer en Faculté, Faculté, « le droit aux études et le droit à la promotion sociale ne peuvent plus aller de pairr ». Dès pai Dès lors lors,, « l’accè l’accèss aux études études est est libr libre, e, mais mais les les étude étudess ne mène mènent nt à rien », ne débouc débouchan hantt pas automa automatiq tiquem uement ent sur sur une (belle (belle)) carrière carrière.. Comment sortir de cette contradiction contradiction ? Gorz concluait que l’Université l’Université ne sert à rien, ne dispensant ni une culture utile (adapt (adaptée ée aux demandes de l’économie capitaliste), capitaliste), ni une culture rebelle (révolutionnaire). Irrécupérable, donc à détruire. L’ironie L’ironie de l’Histoire a fait que les prémisses de ce

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raisonnement ont été reprises quasiment à l’identique par les hérauts de la pensée libérale, qui concluent cependant à la nécessité non de supprimer l’Universit l’Uni versité, é, mais de l’adapter l’adapter du mieux possible à la demande économiéconomique — de la « prof professi essionna onnalise liserr », comme comme disent disent les capitai capitaines nes d’indus d’industrie trie,, leurs leu rs petits petits soldats soldats et et leurs leurs ministre ministress intègres intègres,, servite serviteurs urs du « marché marché ». Dans le numéro numéro d’avri d’avrill 1980, le mois même même de la mort mort de Sartre, Sartre, c’est Gérard Granel qui lance un « Appel à ceux qui ont affaire affaire avec l’Univerl’Université en vue d’en d’en préparer une au autre tre ». J’en reti retiens ens une définit définition ion et un 42.  Ibid., p. 1334 1334.. 43. Pour une analyse plus détaillée, détaillée, qui tient notamment compte compte des articles de Marc Kravetz Sartree and « Les T Temps emps sur le syndicalisme étudiant, antérieurs à mai 68, voir Howard Davies, Sartr mode mo dern rnes es », Cambr Cambridge idge U Univ niversit ersityy Pres Press, s, 1987 1987,, p. 186 186-187 -187 eett 191191-194. 194.

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vœu. La définit définition ion est est celle celle de l’Universi l’Université, té, « dans ses ses grands grands moments moments », commee « tourbillon comm tourbillon poético-pol poético-politic itico-phil o-philosophi osophique que dans lequel l’exisl’existence historique des peuples travaille travaille au savoir savoir de lui-même ». Voilà Voilà qui nouss honore, nou honore, nous nous autres autres unive universi rsitai taires res,, ainsi ainsi allégé allégéss de deveni devenirr, idéale idéale-ment, tourbillonnants : « un sc scandale pu public, un esp espooir gé généra rall, une matrice matri ce pour les les formes d’un d’un monde monde à venir venir ». Que reste-t reste-t-il -il à souhaite souhaiterr ? Que l’Université, l’Université, à côté des écoles et instituts instituts articulés sur les besoins sociau soc iauxx (de (de la la produ producti ction) on),, se dote dote d’un d’un Cent Centre re crit critiqu ique, e, « qui ne doit doit obéir à rien rien et n’être n’être utile utile à rien », ni un pouvoi pouvoirr ni un organism organismee de collation lat ion de grade grades, s, mais mais un espace espace de « scholè scholè », c’estc’est-à-di à-dire re de de lois loisir ir,, voué voué à agiter la question des principes qui fondent les sciences. On croirait que Gérard Granel parle du Collège de France… Ou bien dessine-t-il ce qui sera le Collège Collège de philos philosophie ophie ? Est-onn proche, avec Est-o avec tout cel cela, a, de la la réforme réforme de l’enseigneme l’enseignement nt supérieur inclus inclusee dans le projet projet,, hélas perdu, perdu, de Constitu Constitution tion qu quee Sartre Sartre avait avait rédigé réd igé,, au printe printemps mps 1941 1941,, pour pour le groupe groupe de résist résistanc ancee intell intellect ectuel uelle le 44 « Soci Social alis isme me et libe libert rtéé » ? En tout cas, on est loin loin des perspecti perspectives ves auxquelles  Les Mots vo vouai uaient ent le le chantr chantree d’Auri d’Aurilla llacc : « j’expo j’exposera serais is des des idées idées modestes et toutes toutes raisonnables sur la pédagogie » (p. 154). Prêtons Prêtons pourtantt attent tan attention ion à cette cette derniè dernière re phrase phrase : ne peut-o peut-onn soupçon soupçonner ner que que son envers exact nous indique ce que Sartre fait dans  Les Mots ? Les Mo t s o u l a s a ti  ti re par l ’’absen  absen c  c e e  

Qu’ u’es estt-c -cee à dire dire ? Ceci eci : dans dans  Les Mots, Sart Sartre re rac racon ontte, avec une une pointe d’orgueil d’orgueil assumé, à quel point son enfance de jeune jeune génie fut déta-

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chée de l école. école. Ou pour pour mieux mieux dire : si l école école transmi transmitt quelque quelque chose chose à Poulou, Poulo u, ce fut un avan avant-goû t-goûtt de la politi politique, que, mais fort fort peu de cultu culture. re. En ce sen sens, s, la sat satir iree de l’in l’inst stit itut utio ionn sc scol olai aire re,, à la fo fois is « peti petite te » et « gran grande de » aux sens sens définis définis plus plus haut, haut, revêt revêt encore encore une nouvel nouvelle le forme, forme, plus humihumiliantee peut-être liant peut-être : celle qui qui montre montre dans l’école l’école une une radicale radicale ineffica inefficacité cité à engend eng endrer rer le génie. génie. Etrang Etrange, e, étrang étrangee absen absence ce : Poulou Poulou,, voué voué à deven devenir ir le le pluss haut plu haut produi produitt de la cult culture ure franç français aise, e, se décri décritt comme comme un « lapen lapen çova ço vache che » (p. (p. 65) ; « lap lapin in sauva sauvage ge », donc donc écoli écolier er malh malhabi abile le et d’esse d’essence nce buissonnière. L’idée-maîtresse sur laquelle reposent  Les Mots ressortit à la grande satire sat ire : si Sar Sartre tre fut « prépar préparéé de de bonn bonnee heur heuree à traite traiterr le le prof professo essorat rat commee un sacerdoc comm sacerdocee et la la littérat littérature ure comme comme une une passion passion » (p. 39), c’est parce qu’au terme d’un processus de déchristianisation de la société française çai se le sacré sacré,, à partir partir des des années années 1880, 1880, passe passe dans dans la cultur culture, e, en un coucou-

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44. Voir Anni Anniee Cohen-Solal, Sartre 1905-1980, Ga Gall llim imar ard, d, 1985 1985,, rééd rééd.. « Foli Folio/ o/es essa sais is », 1989 1989,, p. 306.

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pable prolongement de religiosité qui fonde l’illusion du Salut par la littérature. ratur e. Par Par ailleurs, ailleurs, on l’a souvent souvent remarqué remarqué45, Sartre Sartre projet projette te sur son enfance (à moins qu’il ne les en tire) les concepts qu’il a forgés dans la Critique de la raison dialectique : aussi est-ce est-ce de de l’école l’école que procède procède la première premi ère expérienc expériencee politique politique du jeune Poulou, Poulou, qui sent confuséme confusément nt comment se distinguent soit le traitement de faveur féodal que peut lui réserver tel ou tel professeur gagné par sa famille, soit la démocratie démocratie abstraite de l’égalitarisme, l’égalitarisme, soit la fusion dans un groupe heureux et solidaire qui joue joue au football, football, devant devant le le lycée lycée Henri Henri IV, IV, « entre l’hôtel l’hôtel des des Grands Grands Hommes Homm es et la statue statue de Jean-Jacques Jean-Jacques Rouss Rousseau eau » (p. 181).

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Sartre Sar tre enseignant sacrif sacrifie ie aussi, ausdans si, ici Les ou Mots là, à n’a la la peti perien tite te satire sattendre ire :rela— représe repM. résenta tionninsdu du personnel rie n de tend Liévin, Lintatio évin, tituteur parisien, est suspecté par Karl Schweitzer d’être franc-maçon et pédéraste, pédéra ste, M. Barraul Barrault, t, à Arcachon, Arcachon, dégoûte dégoûte Poulou Poulou par par son haleine haleine forte, forte, Mlle Marie-Louise est une jeune vieille fille, fille, une vieille vieille jeune fille… Autant de corps gênants, et non de belles âmes qui conduiraient vers les hauteurs de l’esprit. Réapparaît donc la veine satirique déjà à l’œuvre dans da ns « Jé Jésu suss la la Chou Chouet ette te ». Mais l’essentiel n’est pas là. Car l’essentiel se passe hors de l’école, quand Poulou n’est pas en classe. Sartre montre en effet dans  Les Mots :

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        o    f   n    i  .   n   r    i   a   c  .   w   w   w   s    i   u   p   e    d    é   g   r   a    h   c    é    l    é    t    t   n   e   m   u   c   o    D

1) qu il a appris à lire tout tout seul ; 2) qu il n a pas découvert la littérature m e é é g d s w c rn n o

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pare,l’éco l’et école le ; 3)éeque scola scluence olarit rité, certes inél inéluct uctabl able, e, fut du moin moinss régresrégressiv sive, dominée domin par sa l’influenc l’inf eé,decer satesmère. 1) Le paragraphe qui raconte l’apprentissage de la lecture par Poulou propose une construction significative. Pour imiter sa mère qui lui lisait des contes contes l’enfa l’enfant nt commenc commencee par faire semblant semblant de de lire lire : « On me me surprit surprit — ou je me fis fis surprendre surprendre —, —, on se récria, récria, on décida décida qu’il était était temps temps de m’enseigne m’ens eignerr l’alphabet l’alphabet » (p. 42). 42). Zélé, Zélé, Poulou Poulou se donne donne des leçons leçons partiparticuli cu lièr ères es : il s’e s’emp mpar aree de Sans famille, le ddééchiffre fre ou ou se se le le ré récite : « je savais sav ais lire lire ». Ainsi l’interven l’intervention tion d’autru d’autrui, i, encadrée encadrée par deux deux tentati tentatives ves autonomes, auton omes, est-elle est-elle minimis minimisée ée ; c’est le le temps temps faible faible entre entre deux temps temps forts, for ts, et af affai faibli bli encore encore par l’inci l’incise se « ou je me fis fis surp surpren rendre dre » : si autrui autrui appara apparaît, ît,détails ce n’est jamais jamais que sollici sollicité, té, manip manipulé ulé par par le désir dés ir de l’enfant. Tous les signifient le superbe isolement de Poulou pour cetl’enfan appren-t. tissag tis sagee inaugur inaugural al : le titre titre du premi premier er ouvrag ouvragee abordé abordé (Tribulations d’un Chinois en Chine), qui indique indique la radicale radicale transforma transformation tion induite induite par la lecture (l’imaginaire conduit à l’ailleurs) l’ailleurs) ; l’endroit où il est lu (« un cabinet de déba débarra rrass » et un « lit-c lit-cage age ») ; la métaph métaphore ore du du perch perchoir oir (« perc perché hé sur un lit-cag lit-cagee ») ; le thème thème de l’auto-l l’auto-leçon eçon particul particulière ière (Poulou (Poulou est son

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45. Voir JJacqu acques es Le Lecarme carme,, « Les Mots de Sartr Sartree : un ca cas-l s-limi imite te de l’aut l’autob obiog iograp raphie hie ? », Revue d’Histoire littéraire de la France, nov novembre embre-déce -décembre mbre 11975, 975, p. 104 1047-10 7-1066. 66.

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 .    F  .    U  .    P    ©  .    7    2    h    4    0    2    1    0    2    /    7    0    /    9    2      6    2    2  .    9    7    1  .    3    4  .    0    9    1   -

      o    f   n    i  .   n   r    i   a   c  .   w   w   w   s    i   u   p   e    d    é   g   r   a    h

   é   c    l    é    t    t   n   e   m   u   c   o    D

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SA SAR RTR TRE E EN CLAS CLASSE SE

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 propre maître) ; le titre  propre titre du seco second nd livre, livre, Sans famille (Poulou est le fils de se sess œuvre œuvres, s, il ne ne se tie tient nt que que de de soi) soi) ; le rô rôle le du du « par par cœur cœur » (Pou (Poulo louu n’apprend rien qu’il qu’il ne sache déjà). — Seul élément extérieur extérieur,, la mère, modè mo dèle le à imi imite terr, à sur surpa pass sser er : on y re revi vien endr dra, a, mais mais on comp compre rend nd dé déjà jà qu’accéder qu’acc éder à la la Culture, Culture, pour Poulou Poulou,, c’est prolon prolonger ger l’heure l’heure du bain où où sa mère lui racontait des contes, contes, c’est-à-dire perpétuer à la fois un bain de culture et aussi bien ce qui dans  L’Idiot de la famille sera nommé la « scène scène primi primiti tive ve », celle celle du cont contact act char charnel nel entr entree la mère mère et le le poupon poupon,, celle de la dyade originelle46.  Lesle,,Mots 2)leEn ce «qui la. littérature, disti ent entre entde « ut le te temp mple » et le concerne bor borde dell » (p. (p 64). 64). Le Le temp temple c’ c’es esttdis latingu lit lnguent itté téra ratu ture re dre e haut ha rang (Cornei (Corneille, lle, etc.) etc.) : Poulou Poulou s’y initie initie dans la bibliothè bibliothèque que de son son grandgrandpère, hors de l’écol l’école. e. Hors de l’école l’école aussi aussi le bordel bordel,, c’est-à-dire c’est-à-dire les leclectures qui vienne viennent nt par par les femmes, femmes, Anne-Marie Anne-Marie ou Louise Louise Schwei Schweitzer tzer : lectures pour enfants (Cri-cri,  L’Épatant , etc.), etc.), mais mais aussi aussi livre livress empru emprunntés par la grand-mère, grand-mère, d’auteurs qui pour une une part sont cit cités és dans Les Mots

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(Gyp, par exe (Gyp, exempl mple), e), pour pour une part part demeure demeurent nt innom innommés més,, mais mais dont l’in l’in-47 fluenc flu encee fut capita capitale le : ainsi ainsi de Stend Stendhal hal,, découv découvert ert grâce grâce à Louise Louise . Bref : c’est la famille famille qui transme transmett la littérature littérature,, l’école l’école n’y ajoute ajoute rien, sinon par les amis (et leurs lectures) qu’elle permet de rencontrer. 3) sivement Enf Enfin, in, Poulou Poulo u vaexamin enamine classe classe aus si peu, peu aussi que querisation possible poss et régres régressiv ement. . Qu’on ex e unaussi peu les ,faits fait s : latard scolarisati scola onible de — l’enfant Sartre s’opère en quatre temps. Le voici voici tout d’abord, d’abord, à l’auto l’automne mne 1913, 1913, âgé de huit huit ans, qui fait fait un passage pass age éclair éclair « au Lycée Lycée Montai Montaigne gne » (p. 65). Tout Tout désigne désigne une une entrée entrée danss le dan le mond mondee vir viril il : c’est c’est une décis décision ion du grandgrand-pèr père, e, c’est c’est lu luii qui qui emmène l’enfant l’enfant chez le proviseur, proviseur, c’est lui qui le retire du lycée après une dictée catastrophique. Aussi bien le nom de Montaigne évoque-t-il une éducationn d’homme éducatio d’homme (on songe au au rôle du père père de Montaigne, Montaigne, à son précepteur de latin, latin, etc.). Du coup, coup, la défaillanc défaillancee de Poulou Poulou en matière matière d’ord’orthographe fait sens sens : l’enfant l’enfant refuse la la Loi du du père (la (la langue de nos aïeux) aïeux) et deMots ses pairs (lalapen pour phrase dans  Les — « le lamême pen çovac çolangue vache he ême êm e letous). ten ten » La — coupable révèle révèle… … l’accen l’a ccenttcitée alsacie alsacien n: elle renvoie renvoie l’enfant l’enfant du côté de sa mère mère (les Schweitzer), Schweitzer), loin du côté côté Sartre (le Périgord). Périgord). D’ailleurs D’ailleurs la mère rit, rit, avec avec indulgence, indulgence, de cet échec. Deuxième Deuxi ème tentati tentative, ve, après l’intermèd l’intermèdee des des leçons leçons prises prises avec avec M. Li Liév évin in : l’ l’éc écol olee comm commun unal alee d’Arc d’Arcac acho honn (191 (1914) 4).. Là enc encor ore, e, c’ c’es estt le

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46. C’est ainsi que  L’Idiot de la famille (op. cit., t. 1, p. 846 846)) redé redéfin finit it le co concept ncept freud freudien ien de scène primitive. 47. Nous nous perm permettons ettons de renv renvoyer oyer sur ce point à notre art article, icle, « Stendhal oouu le refug refugee perdu per du de Jea Jean-P n-Paul aul Sar Sartre tre », dan danss Silences de Sartre, Pre Press sses es un univ ivers ersita itaire iress du Mi Mirai rail, l, 1995 1995 (réédition augmentée prévue courant 2002).

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grand-père qui recommande grand-père recommande son Poulou Poulou à l’instituteur l’instituteur,, mais alors alors que celui-ci celui -ci est reçu à la villa, donc par les dames dames Schweitzer Schweitzer,, Louise Louise et AnneAnneMarie. Ce n’est plus le même degré de virilisation forcée. De plus, M. Barrau Barrault lt réserv réservee à Poulou Poulou un « trait traiteme ement nt de fav faveur eur » : loin loin de le fai faire re accéder à la rudesse de la démocratie égalitaire, égalitaire, il le maintient dans dans un régimee féodal, celui-là régim celui-là même que Poulou Poulou connaît che chezz lui (n’est-i (n’est-ill pas pour son grand-père, roi de France d’honneur puisque puisque prénommé Charles, et frèr frèree d’Au d’Augu gust stee eett de de Lou Louis is,, un « fi fief ef du du sol solei eill » — p. 22 —, ne se se rêve-t-il cheval ier Poulou servant de sale mère, etc.).munauté Ainsitél’école comm u-nale ne serait sepas raitenpoint pochevalier int pour pour Poulo u l’école l’éco de la communau com ? Non,commuassuréassuré ment, men t, et ilil ne se sent sent pas de la la même même race race que les « fils fils du du peupl peuplee »48

   F  .    U  .    P    ©  .    7    2    h    4    0    2    1    0    2    /    7    0    /    9    2      6    2    2  .    9    7    1  .    3    4  .    0    9    1   -

      o    f   n    i  .   n   r    i   a   c  .   w   w   w   s    i   u   p   e    d    é   g   r   a    h   c    é    l    é    t    t   n   e   m   u   c   o    D

— Sartre joue (p. 66) sur le titre de l’autobiographie du leader communiste Maurice Thorez, parue en 1949 aux Éditions Éditions sociales. S’il y a sentiment de la commun communauté, auté, c’est de manière manière négati négative ve ; la scolarisati scolarisation on fait apercevoirr à Poulou la négation de sa singularité, apercevoi singularité, il la vit comme une une prison, ce que que suff suffisent isent à suggérer suggérer plusieurs plusieurs indices indices : le nom nom de de son instituinstituteurr (« M. Barrau teu Barrault lt »), la claust claustrat ration ion duran durantt les récréat récréation ionss (c’est (c’est l’iron l’ironie ie du « traite traitemen mentt de fa fave veur ur », alors alors que que les les autre autress s’amus s’amusent ent « aux barres barres »), les « gênes exquises exquises » infligées infligées à Poulou Poulou par le souffl soufflee de M M.. Barrault Barrault,, qui D m e é é g d s w c rn n o

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porte un « communale col de de celluloï celluloïd ». Conti Continuant à jouer jouc’est-à-dire er sur l’adjecti l’adjectif, f, Sartre de l’école co mmunale uned école dunuant commun, commun, aussi bien bien defait la saletéé (l’halein salet (l’haleinee forte, forte, le mot mot sale sale — « con » — inscrit inscrit sur un mur) que que du bas peuple peuple : lire lire « Le père père Barrau Barrault lt est un con con », c’est c’est déco découvr uvrir ir qu’u qu’unn insinstituteur titu teur peut peut être rangé rangé aux côtés côtés des « vieux pauvres pauvres » (p. 68). Ce Ce qui ne laisse pas de menacer le statut du grand-père Schweitzer Schweitzer,, double supérieur de M. Barrault. L’inscription est donc mult multiplement iplement transgressive : comme dégradatio dégrad ationn d’un bien public, public, comme comme insulte, insulte, comme comme marque d’un d’un mépris social, voire comme collision collision de sexualités (l (laa barre et le con) qui diminue la virili virilité té du maît maître, re, ou comm commee « public publicati ation on » bruta brutale le de l’éc l’écrit riture ure,, que Poulou conçoit comme activité privée… Tou roisiè roisième étape éta peutio : nà Pou l’au l’autom tomne 1914, 1914, c’est c’es t Anne-M Ann ariee masculines, qui qui con condui duitt Poulou Poul à «me l’In l’Inst stit itut ion Poupo pon n ne ».  Exeunt toutes lese-Mari figures Mont Mo ntai aign gne, e, le gran grandd-pè père re,, M. Liév Liévin in,, le père père Bar Barra raul ultt : l’éc l’écol olee est est enf enfin in redevenue ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être — un univers exclusi sive vemen mentt féminin féminin.. Pour direct directric rices, es, « les demoi demoisel selles les Poupo Pouponn » ; pour proprofess fesseu eurs rs,, « de pau pauvr vres es fil fille less » ; pour pour spe spect ctat ateu eurs, rs, au fon fondd de la cla class sse, e, « le less mères mèr es ». Mais Mais ce ce n’est n’est pas pas enc encore ore asse assezz : Jean-B Jean-Bapt aptist istee Sartre Sartre s’ét s’était ait en en so sonn temp tempss « empa empar[ r[é] é] » d’An d’Anne ne-M -Mari ariee pour pour lui lui fai faire re « un enf enfan antt au galop » (p. 16), voici voici qu’assum qu’assumant ant les les manières manières du père père défunt défunt c’est

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48. « La scol scolarité arité ddee Poulo Poulou, u, conc conclut lut Ge Genev nevièv ièvee Idt, n’a d’a d’autre utre ffinal inalité ité que ddee l’iso l’isoler ler des  Les Mots. Une “fils du peuple” » ; l’indi l’individualisme vidualisme bbourgeois ourgeois le prépare à la so solitude litude du créat créateur eur ( Les

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      o    f   n    i  .   n   r    i   a   c  .   w   w   w   s    i   u   p   e

   d    é   g   r   a    h   c    é    l    é    t    t   n   e   m   u   c   o    D

autoc autocrit ritiqu iquee « en be bell écr écrit it », Beli Belin, n, 2001 2001,, p. 24). 24).

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SA SAR RTR TRE E EN CLAS CLASSE SE

 .    F  .    U  .    P    ©  .    7    2    h    4    0    2    1    0    2    /    7    0    /    9    2      6    2    2  .

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encore « au galop encore galop » que chaq chaque ue soi soirr Anne Anne-Ma -Marie rie « s’empa s’empar[e] r[e] » de Poulou Poulou (p. 69) pour pour le ramener à la maison maison ; puis, se substituant substituant au grand-pè grand-père re qui avait av ait retiré retiré Poulou du lycée Montaigne Montaigne,, Anne-Marie Anne-Marie retire retire Poulou du cours Poupon Poupon et le confie confie non plus à un quel quelconque conque M M.. Liévin, Liévin, mais à Mlle Marie-Louise — c’est-à-dire qu’elle se restitue son enfant par humble vierge vierge interposée, interposée, puisque puisque Anne-M Anne-Marie, arie, jeune veuve veuve admirée admirée et qui qui se

remariera, remari era, a clairement clairement pour double double dégradé dégradé cette cette Marie-Loui Marie-Louise, se, si lasse lasse de n’être pasbien mariée. On voit en quoi une telle scolarisation, scolarisation, qui ramène dans les jupes féminines, est régressiv féminines, régressivee : alors même que Sartre Sartre respecte respecte la chronologie chronologie,, l’ordre l’ord re de successi succession on des noms propres propres (Montaign (Montaigne, e, Arcachon, Arcachon, Poupon) Poupon) donne le sentiment sentiment d’un parcours à rebours, vers les vacances vacances et l’enfance, la mer et la mère. Poulou, ou comment aller en classe classe sans quitter maman. Et puis on en viendrait viendrait presque presque à croire, croire, lisant lisant Les Mots, que la cond conditi ition on du génie d’un écrivain est la scolarisation la plus mince et la plus tardive possible… Reste,, néanmoins, Reste néanmoins, cette redoutable redoutable entrée entrée au au petit petit lycée lycée Henri Henri IV (en (en sixième, octobre 1915). Elle semble devoir devoir répéter l’inscription l’inscription au lycée D m e é é g d s w c rn n o

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Mont Mo ntai aign gnee Anne-M : in init itia iati tiv vee,dualo gran grrs, andd-pè re,ient , «t copi co pies es exécr crab able les s e.» de l’enfa fant nt (p. 179)… 179 )… Ann e-Mari arie, alors, interv intpère ervien comme com meexé médiat méd iatric rice. Elle Ellel’en appriappr ivoise le professeur principal de Poulou, M. Ollivier Ollivier.. Sartre écrit là une scène triangulaire (Anne-Marie et Poulou rendent visite à M. Ollivier « dans so sonn appartement appartement de célibatai célibataire re ») qui inverse inverse celle celle de de la page préprécédente des  Mots, où l’on l’on voyai voyaitt un gros gros Monsi Monsieur eur,, sur les les quais, quais, désira désirant nt Anne-Marie AnneMarie dont dont Poulou, Poulou, bon cheval chevalier ier ou bon époux, époux, tenait tenait la main. Ici, Ici, Anne-Marie n’est plus effarouchée effarouchée par un gros homme qui la suit, mais obtient obti ent d’un homme homme maigre maigre qu’il « suive suive » avec avec une attention attention toute toute partiparticulière culiè re l’élèv l’élèvee Poulou. Poulou. Lequel, Lequel, du coup, coup, croit échapper échapper à « l’anonymat l’anonymat de la circular circularité ité sériel sérielle le » comme comme dira dira  L’Idiot de la famille, par par l’il l’illu lusi sion on d’u d’un n lien lien pri privil vilégi qui le fait fait (bien) (bi en)rend trava travaill iller er : aux enfant enf antss inqui inquiets ets,pure, « la féodalisation deégié, laé,concurrence […] supportable la concurrence ment bourgeoise ; j’en sais à qui ilil n’a pas fallu davantage davantage pour qu’ils s’élèvent s’élèv ent d’un coup coup à la place que que Gustave Gustave brigue brigue en vain vain », avoue avoue Sartre Sartre dans  L’Idiot 49. La boucle boucle est est bouclée bouclée : Anne-Marie Anne-Marie fut la première première lectric lectrice, e, elle ouvrit ouvrit à l’enfant le monde de la culture culture ; lorsqu’il lui faut bien bien passer la main, c’est elle qui adoucit la transition vers le monde des hommes. Comme si ellee ne pouv ell pouvait ait,, ne deva devait, it, à aucun aucun momen moment, t, être être étrang étrangère ère au proc process essus us d’accultura d’accu lturation tion.. Par quoi, pieusement pieusement ou affectue affectueusemen usement, t, Sartre révèle révèle et inverse inv erse la vérité. Il la révèle, révèle, suggérant qu’il a toujours écrit pour sa mère, 49. Op. cit., t. 2, p. 1136 1136..

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dans le désir de retrouver par la communication littéraire cette transpa-

 .    F  .    U  .    P    ©  .    7    2    h    4    0    2    1    0    2    /    7    0    /    9    2      6    2  .    9    7    1  .    3    4  .    0    9    1   -

      o    f   n    i  .   n   r    i   a   c  .   w   w   w   s    i

  u   p   e    d    é   g   r   a    h   c    é    l    é    t    t   n   e   m   u   c   o    D

rence des cœurs qu’il avait avait connue avec avec elle. Il l’inverse, l’inverse, excluant du champ temporel des  Mots le sentiment d’abandon qu’il éprouva lorsque, suivant suiv ant à La Rochelle sa mère qui venait de se remarier, remarier, il fut expédié expédié au milieu du commun, pour devenir devenir souffre-douleur souffre-douleur.. A coup coup sûr, sûr, il eût préféré préféré,, plutôt plutôt que de renc rencont ontrer rer ces fauve fauves, s, des élèv élèves es de quatrième quatri etliothèque de troisième, troisième, rester reste r un lapin ou sauvage, sauv age,lesautillan sauti llant t sur le vert tapis tapis de ème la bibliothèque bib de son grand-père, dans doux giron de sa mère mère : un adepte adepte de la cultu culture re bui buissonni ssonnière. ère. Mais Mais n’est-ce n’est-ce pas pas celle précisémen préci sémentt qu’il s’emploie s’emploiera ra à produire en tentant tentant de « dé-classici dé-classiciser ser » la lit littér tératu ature re ? « L E L A PPEE N Ç O VVAA C H E E M E L E T E N »

Dans  Les Mots, la phrase qui illustre illustre la difficile difficile découverte découverte de la dictée par Poulou ne renvoie pas seulement à l’hérédité alsacienne. On peut

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la mettre deunl’écrivain tel é,que le conçoi con çoitt Sartre Saren trerapport : un écri écriavec vain, vain, trois c’est, c’est,déterminations parado paradoxal xaleme ement, nt, élève élève attard attardé, voire voire un élève bouché ; c’est aussi un élève violemment violemment présent … à son temps plus qu’à la tradition. Le l a p ii  n e s tt    en re tt  a r d 

Lapin sauvage, sauvage, Poulou prend le départ de la course à l’acculturation avec un peu de retard. Les bons élèves ont toujours quelque chose de la tortue tor tue de de la fable fable : ils se se tor tortur turent ent tôt, tôt, et obsti obstiném nément ent.. Lapin Lapin qui qui aime aime le thym,, cousin du lièvre, thym lièvre, Poulou Poulou a commencé commencé par baguenauder baguenauder.. Deux autres autres passages des  Mots ex expli plicit citent ent ce thèm thèmee du décala décalage ge : M. Liévin Liévin tient tient Po Poul ulou ous «lenon no n san sans raiso n pou phandic ourr dicap unapenfa enfant re reta tard rdé é ingts » (p. (tsp. ans 66) 66) ;»,de depuisqu fai fait, t, «e Je prenai pre nais départ dépa rt savec avrai ecson un han dentquatr qu atre-v e-ving pui sque le siècle le », impo imposai saitt à son son peti petitt-fi fils ls « le less gran grandd-pè père re,, « un hom homme me du du XIXe sièc idées en cours sous Louis-Ph Louis-Philipp ilippee » (p. 54). 54). Poulou, Poulou, selon le le terme proposé en 1957 dans Questions de méthode, so souf uffre fre d’hystérésis50 : il n’ n’ap ap-partient pas entièrement entièrement à son temps, ce qui vaut vaut dans l’esprit de Sartre philosophe contre l’analyse marxiste du plein conditionnement de l’homme par son époque. Mais ce qui permet de dépasser le cas de Poulou, et peut-être de faire du retard un trait constitutif de l’écrivain, l’écrivain, c’est que cette hystérésis caract caractérise érise également également Flaubert Flaubert : son succès succès viendrait de ce qu’il offre à la génération désespérée par l’échec de la

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50. Critique de de la ra raison ison dial dialectique ectique pré précédé cédé de « Questions de méthode », Ga Gall llim imar ard, d, 1960 1960,, rééd. réé d. 198 1985, 5, t. 1, p. 58.

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      o    f   n    i  .   n   r    i   a   c  .   w   w

  w   s    i   u   p   e    d    é   g   r   a    h   c    é    l    é    t    t   n   e   m   u   c   o    D

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Révolution de 1848 un désespoir post-romantique qu’il s’est lui-même forgé entre 1830 et 1845. Comme quoi, pour en revenir revenir aux Mots, « dans nos sociétés en mouvement mouvement les retards donnent quelquefois quelquefois de l’av l’avance ance » (p. 54). 54). Et le succès succès de Sartre, Sartre, alors ? Pour Genevièv Genevièvee Idt, dans la la préface préface qu’elle a donnée aux Œuvres romanesques, l’hystérésis de Sartre l’aurait conduit à se tourner vers vers deux modèles modèles privilégiés privilégiés d’écriture, d’écriture, le roman réaliste réali ste à la la Flaubert Flaubert et l’épopée l’épopée à la Hugo, donc le le grotesque, grotesque, triste triste ou sublime. C’est à mon sens orienter toute l’écriture de Sartre en fonction de l’héritage légué par son grand-père, et j’ai tenté de corriger cette vision,  juste mais trop partielle, dans un portrait littéraire qui rapportait les différents aspects de l’œuvre sartrienne à chacune des figures familiales peintes dans  Les Mots51. Il reste que le décalage par rapport à son temps semble pour Sartre faire partie des conditions d’accès à la littérature. Non sans contradict contradiction, ion, on va le voir voir,, avec avec le moti motiff de la pleine pleine présence présence à son temps. l 



t  i  i  t 

Le a p  n sauvage es    d  o 

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Soyons,, cepend Soyons cependant ant,, plus plus précis précis : le retard retard du jeun jeunee Poulou Poulou se manif manifest estee par son insuffisante maîtrise de l’orthographe. Cette difficulté apparaît symétrique symét rique de celle celle que que Sartre Sartre prête prête à Flaube Flaubert rt : une « alphabétis alphabétisation ation difficile »52. On sait les conclusions qu’en tire  L’Idiot de la famille : si Flaubert Flaub ert peine à apprendre apprendre à lire, c’est qu’il qu’il ne considère considère pas les mots comme des signes signes (à traverser traverser vers un sens), mais comme des choses ou commee les images comm images des des choses choses ; la « fonction fonction sémant sémantique ique » du langage langage est est 53 parasi par asitée tée par par sa « foncti fonction on image imageant antee » . Flaubert passe pour l’idiot de la famill fam illee alors alors qu’il qu’il est est un mimol mimologu oguee précoce précoce : un écriv écrivain ain en en herbe, herbe, puisque puisq ue tout tout écriv écrivain, ain, aux yeux yeux de Sartre, Sartre, prend de façon façon ou d’autre d’autre le langage pour le monde, Florence pour une ville et une fem femme me et une fleur. fleur. En tout cas cas c’est ce que que fit Poulou, Poulou, à qui « les phrases phrases […] résistai résistaient ent à la manièr man ièree des choses choses » (p. 43). 43). Résumo Résumons ns : pas d’éc d’écri riva vain in qui qui n’ait n’ait comcommencé par se fasciner devant la riche opacité des mots. Peu importe alors qu’il lise mal, ou écrive écrive sans sans correctio correctionn : c’est le le signe de son génie futur. futur. Inutile d’objecter à ce point que tous les cancres ne deviennent pas des prodig pro diges es de la plume plume : Sartre Sartre a déjà déjà rép répond ondu, u, notant notant dans dans Questions de méthode que « Valéry est est un intellectu intellectuel el petit-bour petit-bourgeois geois,, cela ne fait fait pas de doute. Mais tout intellectuel intellectuel petit-bourgeois petit-bourgeois n’est pas Valéry »54. Il se peut donc que tout grand écrivain écrivain ait été cancre cancre à son heure ; cela n’est pas une condition suffisante pour devenir un grand écrivain. Faut-il le 51.  Jean-P  Jean-Paul aul Sartre, Ha Hach chet ette te,, 1993 1993.. 52.  L’Idiot de la famille, op. cit., t. 1, 1, p. 13 13. 53.  Ibid., p. 92 926. 6. 54. Op. cit., p. 5533.

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      o    f   n    i  .   n   r    i   a   c  .   w   w   w   s    i   u   p   e    d    é   g   r   a    h   c    é    l    é    t    t   n   e

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REVU EVUE D’HIST HISTOI OIRE RE LITT LITTÉR ÉRAI AIRE RE DE LA FR FRAN ANCE CE

regretter ? L’impo regretter L’important rtant,, c’est de bien comprendre comprendre que l’écritur l’écrituree littéraire littéraire selon Sartre Sartre suppose suppose un peu peu de sauvag sauvagerie erie — c’était, c’était, après tout, tout, le mot mot que Merleau-Ponty appliquait à  La Nausée, dans dans laquel laquelle le Sartr Sartree av avait ait enfinn réussi, lui rappelait enfi rappelait Simone Simone de Beauvoi Beauvoir, r, à rompre grâce à la lect lecture ure de Céline Céline avec avec un style guindé, guindé, de professeur professeur55. Sauvageri Sauv agerie, e, transgressi transgression on de l’orthograph l’orthographe, e, torsion torsion singulière singulière impriimprimée à la langue… Cette façon de caractériser la valeur d’une écriture, comme com me subv subvers ersion ion,, somme somme toute toute,, n’a rien rien de très très origin original. al. Aussi, Aussi, plutôt plutôt que de lui faire un sort sur un plan théorique56, rel reliso isons ns rapide rapidemen mentt une page de  La Nausée, qui nous nous mont montre re comm comment ent Roquen Roquentin tin,, malgré malgré son amour des des vieux papiers, papiers, s’av s’avère ère incapable incapable de ramasser ramasser « une page réglée, réglée, arrach arr achée ée sans sans dout doutee à un cahier cahier d’écol d’écolee », sur laqu laquell ellee il ne lit lit que que « Dict Dictée ée : le hib hibou ou blan blancc »57. N’est-ce pas suggérer que la progression vers l’illumination de la contingence découverte suppose le renoncement à une triple tri ple dict dictée ée : de l’ins l’inspir pirati ation on (en (en fait fait les Dieu Dieuxx ne donnen donnentt rien, rien, la prepremière page page est toujou toujours rs vierge vierge de dons), dons), de la sag sagesse esse (la chouet chouette te d’Athé d’A théna), na), de l’é l’écol colee enf enfin in ? Le l a p ii  n sauvage a i i m e l e t em e m p s  D m e é é g d s w c rn n o

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D’où tirer alors son inspiration d’écri d’écrivain vain ? Si les modèles modèles romantiques tiqu es et scolaires scolaires sont répudié répudiés, s, que reste-t-il reste-t-il ? Revenons Revenons à l’incorre l’incorrecte cte phrase phr ase : « le lape lapenn çov çovach achee ême ême le ten ten ». Ne peut-o peut-onn y lire lire que que le le lapi lapinn sauvage aime le temps ? Le temps, temps, cet envers envers mobile mobile de de l’éternité l’éternité.. On touche alors à la question du rejet par Sartre du classicisme. C’est sous le choc de la guerre que Sartre théorise ce rejet, dans quatre textes. 1) Une lettre lettre à Beauvo Beauvoir ir,, de juillet juillet 1939. Un classiqu classique, e, écrit Sartre, Sartre, « c’est un typ typee qui relit. relit. […] c’est-à-dire c’est-à-dire qu’il qu’il n’a pas une perpétuel perpétuelle le envie en vie d’aller d’aller plus plus loin et de de voir voir autre chose, chose, mais un bout bout de terrain, terrain, une page de livre livre lui suff suffit it : c’est une une chose en face face de lui qui qui vaut vaut comme un thème thè me inépui inépuisab sable le et rigour rigoureux eux », situé situé « nettem nettement ent par-de par-delà là le règne règne humain hum ain et prése présent nt »58. Un Un objet objet nécess nécessair aire, e, immuab immuable le : les colonn colonnes es d’un d’un temple tem ple,, par exemp exemple le ? Sartr Sartree so songe nge-t-t-il il au « Cantiq Cantique ue des des colo colonne nness » de Valé aléry ry ? 2) Encore une lettre lettre à Beauvoir Beauvoir,, en date du 22 octobre octobre 1939. Sartre Sartre distingue disti ngue entre entre deux deux types types d’effet d’effet d’un d’un texte texte sur le le lecteur lecteur : le classique classique

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55 55.. « Un aute auteur ur scan scanda dale leux ux », Sens Sens et nonnon-se sens ns,, Na Nage gel, l, 1966 1966,, p. 80 ;  Entr  Entretiens etiens avec JeanPaul Sartre, op. cit., p. 184. 184. 56. Voir les mises au point de Michel Picard,  La Lecture comme jeu , Min Minuit uit,, 198 19866 (c (chap hap.. 6) 6),, et Antoine Compagnon,  Le Démon de la théorie, Le S Seui euil, l, 199 19988 (c (chap hap.. 7) 7).. 57. Œuvres romanesques, op. cit., p. 1155-16 16..

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58.  Lettres au Castor et à quelques autres, Gal Gallim limard ard,, 1983, 1983, p. 196 196-19 -197. 7. 0

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(Gide, dit Sart (Gide, Sartre) re) écrit écrit pour pour que que l’eff l’effet et se produ produise ise à la rele relectu cture, re, la deuxième deuxi ème ou la troisiè troisième me ; « pour l’exl’ex- ou l’im-pressi l’im-pressionnis onniste te — et nous nous en sommes sommes — », c’est c’est la la prem premièr ièree lect lecture ure qui compte compte,, « parce parce que nous nous voulons voulo ns que que les les mots mots se brûl brûlent ent »59. Pyromanie Pyromanie de Sartre Sartre écrivai écrivainn ? Roquentin déjà aimait à mettre le feu à de vieux papiers. 3) Le dimanche dimanche 3 décembre décembre 1939, dans un passage passage du troisième troisième des Carnets de la drôle de guerre, à ppro ropo poss du du  Journal de Gide Gide,, retour retour à la questi que stion on du classi classicis cisme, me, qui assi assigne gnerai raitt un « rôle rôle magiq magique ue » à l’écr l’écritu iture re : « fi fixe xerr, grave graverr lles es form formule uless et les dates, dates, les protég protéger er cont contre re l’ou l’oubli bli,, leur leur donn do nner er une une sorte sorte de de pomp pompee ». Le Le clas classi siqu quee (Gid (Gide, e, donc donc)) « gr grav avee une une maxime sur le mur, mur, il l’enfonce dans la matière et pui puiss il se plante devant devant 60 et médite. Le classicisme c’est l’art des méditations méditations dirigées » . La plume du class classiqu ique, e, c’est c’est le buri burinn du grave graveur ur ; celle celle de Sart Sartre, re, l’all l’allume umette tte du du pyromane.

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Qu’est-ce t-ce que la littérat littératur uree ?, publ 4) En Enfi fin, n, dans dans Qu’es publié ié en 1948 1948,, Sart Sartre re définit trois conditions du classicisme61. Une cond conditi ition on tempo temporel relle le : il faut faut qu’une qu’ une soci société été stab stable, le, confon confondan dantt son prés présent ent avec avec l’ét l’étern ernel, el, se juge juge pérenne. pérenn e. Une Une conditio conditionn sociologi sociologique, que, qui touche touche au public public : il faut faut qu’il qu’il y ait confusion du public virtuel et du public réel, dans l’unique catégorie catégorie des honnêtes honnêtes gens. Une condit condition ion id idéolog éologique ique : il faut faut un accord sur des lieux communs que l’écrivain met en forme et que le lecteur reconnaît. Sous ces trois chefs Sartre se voudra un écrivain non classique. Reprenons-les à rebours. Il ne s’ag s’agira ira plus plus,, selon selon Sartr Sartre, e, d’écri d’écrire re pour pour grav graver er et médi méditer ter,, pour pour favoriser favori ser les méditations devant devant gravures de lieux communs. Mais d’écrire

pour inqu pour inquié iéte terr, cont contes este terr, crit critiq ique uerr les lect lecteu eurs rs,, « l’id l’idéo éolo logi giee de l’éli l’élite te », dit la même page de Qu’est Qu’est-ce -ce que la littérat littératur uree ? — dis disso soud udre re,, par par exemple exe mple,, les derniers derniers mythes mythes catholiques catholiques ( Huis  Huis clos : l’en l’enfe ferr, la comm commuunion) ou protestants ( Les  Les Séquestrés d’Altona : la respon responsab sabili ilité té direct directee face à Dieu), Dieu), ou les deux deux à la fois fois ( Le  Le Diable et le bon Dieu : prop prophè hète tess à la Luther et monologues à la Jean de la Croix). Il ne s’agira plus de s’appuyer sur un public unif unifié, ié, mais d’affronter le le déchirement entre deux publics, l’un réel mais détestable (la bourgeoisie), bourgeoisie), l’autre souhaitable mais peut-être hors d’atteinte (les ouvriers). Enfin, Enf in, à l’obs l’obsess ession ion classi classique que de l’étern l’éternité ité (immo (immobil bilité ité,, répéti répétitio tion, n, méditatio médi tation), n), Sartre Sartre opposera une conscien conscience ce aiguë de l’histori l’historicité, cité, tant de

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